Chapitre 6

Chapitre 6
"Ouai, on va s'mettre une bonne cuite !" J'me disais aussi, les répliques décapantes de Tom manquaient un peu.
"Comme si c'était la solution à tout !" Visiblement, mon attitude moralisatrice ne prend pas.

Gustav et son pote guitariste me regardent comme si j'avais parlé latin. En fait - mais ça je me vois mal leur dire - c'est que s'ils commencent à boire ce soir je risque de m'y mettre aussi et là... je risque de ne plus gérer du tout mon comportement ! En gros, je redeviendrai un être primitif aux instincts sauvages tel que... Tom ?! Et en plus j'ai promis à leur manager que j'essairai de les garder en vie. Du moins en bon état de marche. Visiblement, c'est pas gagné !

Les deux zouaves ont décampé. Tant mieux, il serait temps de me changer pour la beuvrie qui, à en juger par l'agitation dans le couloir, les excite passablement :
"On prend quelle caisse ?" Mathieu et ses questions existentielles.
"Peu importe du moment que tu ne conduis pas !" Alex 1 - 0 Mathieu.
Apparemment, toutes les filles veulent être de la partie.

J'opte pour une tenue 'je-suis-sexy-mais-pas-trop'. Faut pas tenter le diable, non plus ! Une demi-heure après, me voilà embarquée avec toute la clique. Direction : le club chic du coin, à quelques kilomètres. Mathieu a emprunté le van de son père, et j'avoue que pour une fois il se débrouille pas trop mal au volant. La preuve : aucun de nous n'est malade.

Tom regarde à travers la vitre, pensif. C'est fou comme ses yeux en disent long. C'est la chose qui marque le plus chez lui, cet air un peu blasé, un peu sage et un peu fou à la fois. L'air de celui qui a vécu une foule de choses palpitantes mais qui en veut toujours plus. Le genre de regard qui rend beau tout ce qu'il survole. Dans le van, on entend que le bruit du moteur, mais quand je pose mes yeux dans les siens, plus rien n'existe.

J'ai dû l'observer trop longtemps, car il se tourne vers moi, l'oeil interrogateur. Okay résumons : 50 000 filles en transe, hurlant et gesticulant à ses pieds ne lui font ni chaud ni froid - à part bien évidemment celles qui enlèvent le haut - et moi tout habillée je le regarde deux minutes c'est la catha, Monsieur se sent reluqué intempestivement ? J'ai outrepassé sa précieuse bulle d'intimité ?
Je regarde ailleurs, en prenant mon air de 'pourquoi-il-me-matte-lui-l'a-un-problème'. Ca marche, il se lasse. Ouf ! J'ai toujours l'impression d'être nue face à lui, de ne rien pouvoir lui cacher.

Arrivés au club, le plus dur est de réveiller Gustav et Georg, qui ouvrent péniblement les yeux sous les lumières de la façade.

"C'est classe hein ?" Mathieu sourit de toutes ses dents. Finalement, les autres aussi. Moi, toujours à la ramasse, je les suis à l'intérieur.

On s'entend plus
, j'vois juste Mathieu qui montre du doigt un grand canapé rouge au fond de la salle où règne une odeur de cigarette, d'alcool et de fumigène. En s'asseyant, les TH ont l'air soulagé : même s'il y a foule et que quelques personnes nous regardent bizarrement, ils seront tranquilles toute la soirée. Dans ce club, juste des VIP plus intéressés de sortir leurs billets au bar que de leur demander un autographe.

Il y a des gens qui commencent à danser, les filles et Mathieu vont les rejoindre. Tom parcourt la salle des yeux, s'arrêtant sur chaque spécimen de type féminin habillé court. Gustav suit son regard, l'air desintéressé. Bill remet ses mèches en place, il semble attendre les boissons commandées. Georg me regarde en souriant. A vrai dire, ils sont tous très mignons, chacun dans son genre. Okay j'avoue, j'ai quand même mes préférences...

"On va danser ou tu compte méditer toute la nuit ?"
Gné ? C'est à moi qu'on parle je crois. Gustav me tend une main, l'air super décidé le bambin !

La minute d'après, me voilà collée à lui au milieu de cette foule. Tom nous regarde, l'air blasé. J'aurais voulu lui dire "Je t'assure c'est moi qui me serre contre lui, c'est tout ce peuple qui me pousse !". Mais ça aurait peut-être pas été très crédible.
Gus' est décidement super motivé. J'le pensais pas comme ça, son côté sage et réservé est... parti j'sais pas trop où ! Bah à la limite tant mieux, autant s'amuser.


3h du mat'. La super montre de sport attachée au bioutifoul poignet de Gustav me fait réaliser que le temps est passé plutôt vite. J'crois que je suis plus vraiment très fraîche. La preuve, je sais pas comment j'ai attéri sur ce canapé, ni pourquoi j'ai le bras de Gus autour de mes épaules. Mais je pense que la situation est encore gérable. Du moins si je ne reprend pas de verre.

Tom danse fougueusement avec une blonde du genre blonde. C'est-à-dire, du genre je-suis-blonde-j'en-profite. Est-ce son décolleté qui lui plaît ? Ou son déhanché ? Peut-être les deux, après tout. Mon acolyte - non pas alcoolique - ne me laisse pas achever ma réflexion. Il tourne mon visage vers le sien. Je crois qu'il est encore plus beau qu'au début de la soirée.

"Tu veux pas qu'on rentre ?" Il a l'air fatigué, le pauvre. A vrai dire moi aussi, mais c'est Bill qui répond à ma place :
"Ouai, il commence à faire super chaud ici !" Il se tient devant le canapé, l'air décidé à décamper.

Ni une ni deux, un quart d'heure après nous sommes à nouveau tous dans le van. On a passé un ptit moment à décoller les filles de leur conquête d'un soir, à trouver Georg qui téléphonait dans les toilettes, et à aider Mathieu à retrouver les clés.

Arrivés à l'hôtel, une décapotable noire s'arrête à côté de nous.
"Tooom !" Vlà la blonde.
J'aurais voulu avoir la force de lui demander comment elle avait ouvert le grand portail de l'entrée, et si elle comptait prendre une chambre. Questions inutiles, de toute façon.

Je suis toujours agripée à l'épaule du charmant Gustav. Je suis là physiquement, mais plus mentalement. Une fois dans le couloir devant nos chambres, après m'être dit qu'il aurait fallu moins de marches à l'escalier et surtout moins de dédales dans cet hôtel, je me tourne vers lui. Il caresse mes joues, ma nuque. Pourquoi pas non plus un massage pour m'achever et me laisser sur la moquette, endormie ?

Peut-être qu'il s'est trompé de chambre, ou alors c'est moi qui ait confondu, j'sais pas trop. Toujours est-il qu'on est sur le même lit, moi à observer le plafond, lui à passer sa main sur ma cuisse. Il me fait oublier tous les gars qui sont passés dans cette chambre, il me donne envie de partir très loin. Mais seulement avec lui.

C'est le genre à savoir quand il n'y a pas besoin de parler. Il remonte ma robe jusque sur mes hanches. Il embrasse mes jambes. "Gus t'es chou mais normalement on commence par le haut." En fait j'préfère rien dire, c'est super agréable. Il enlève ma robe et son tee-shirt. Il est juste beau. Je retrouve enfin des forces, et peu à peu tous nos vêtements jonchent le sol. On se glisse sous les draps, et je me sens perdre le contôle. Il écarte doucement mes jambes, et un frisson brûlant me traverse le corps. Je m'accroche à sa nuque chaude, son visage perdu dans mon cou, sa peau qui colle à la mienne. Je n'aurais pas pu rêver mieux. Sa respiration saccadée rythme ce moment magique, et pendant de longues minutes je suis comme inconsciente, anesthésiée par le plaisir que ce petit bout d'homme me procure.

Je le sens ralentir, épuisé. Il s'allonge à mes côtés. Seule la lune éclaire ses cheveux châtains. Je me tourne vers lui, me redresse et l'embrasse.

"Tu vois, parfois c'est impossible d'être juste amis." Il a raison.
On s'endort, blottis l'un contre l'autre.

Avec lui, je me sens définitivement bien.


"Connasse !"

# Posté le samedi 08 décembre 2007 16:13

Modifié le mercredi 19 décembre 2007 13:24

Chapitre 7

Chapitre 7
J'ouvre les yeux. Les rayons du soleil qui traversent les rideaux ne semblent pas déranger Gustav dans son sommeil. Il me tourne le dos, et je l'entends respirer doucement. Les fringues éparpillés par terre me rappellent notre soirée... et notre nuit.
Je me souviens soudain de ce qui m'a réveillé, et je file chercher mon peignoir dans la salle de bain. Je me précipite vers la porte de la chambre, bien décidée à trouver qui s'énerve comme ça dès le matin.

"Tu vas me chercher le ptit dej', je suppose ?!" Dis donc, je l'avais presque oublié celui-là ! Je me retourne vers lui : il est craquant avec ses cheveux ébouriffés, ses petits yeux du matin et son air enfantin.
"Nan Gustav, j'vais essayer de découvrir lequel de tes charmants copains m'a réveillé !"
Il a l'air interloqué, et se re-plonge sous les draps. Il pensait pas sincèrement que je partais à la recherche de croissants ?!

Une fois dans le couloir, j'écoute aux portes. C'est pas joli-joli, je sais. Apparemment, le bordel vient de la chambre de Tom. Ca m'aurait étonné ! Je lève la main pour frapper, mais à ce moment-là, il sort.
"Ouah tu tombe bien Anouk ! Lina a..." A mon tour d'avoir l'air interloqué. Lina ? Aurais-je malencontreusement loupé un chapitre ?
"Ben ouai, tu sais, Lina... la blonde quoi !"
"Aaah, celle-là ! Ben mon vieux t'as pas l'air content de ta nuit !" Le pauvre, il n'apprécie pas mon sourire en coin.
"Jusqu'à ce matin ça allait ! Puis elle a eu la bonne idée de prendre des photos d'elle et moi alors que je dormais encore !" Ca a vraiment l'air de l'inquiéter : il est à moitié habillé, essoufflé, hors de lui.
"Ta douce nymphe a voulu immortaliser ce moment magique. Et alors ?"
"Nan mais tu comprends pas !" Oulah, du calme Tomichou. Baisse tes mains, parle plus doucement et respire un bon coup. "Elle va vendre ça aux journaux, la garce ! Elle est partie en courant, ça veut tout dire non ?!"

Je ris intérieurement. Tom le playboy se serait-il fait avoir par une de ses proies ? Et puis je réalise : si ces photos sont publiées, on va aussi savoir où elles ont été prises. Et là je peux dire adieu à la tranquilité de l'hôtel.
"Elle t'a laissé un numéro ? Une adresse ?" Je suis bien décidée à retrouver Miss Monde.
"Nan quedalle ! Pour une fois que je m'en plains !" Il a l'air desespéré. Moi aussi.

"Vous en faîtes pas, j'sais qui c'est moi cette fameuse Lina !" Alex' version nuisette et yeux de panda débarque dans le couloir. "Pouvez pas parler moins fort ? Tout ça pour une blonde !"
Tom me regarde, l'air outré de celui qui se sent incompris.


Une petite heure après, me voilà au volant du 4x4. Sur le siège côté passager, le guitatiste outragé se rendort. A peine plus tôt, je l'avais poussé sous la douche et je m'étais moi-même préparée en vitesse. J'ai pas envie que leur séjour devienne un cauchemar pour nous tous, déjà que ça ressemble étrangement à Plus belle la vie... Malgré tout, je fais pas ça uniquement pour m'éviter une sale situation. Y'a quelque chose sur la frimousse du type ronflant à côté de moi qui me pousse à lui rendre service. Et ça malgré les regards interrogateurs de Gustav quand il m'a vu prendre les clés et démarrer en trombe.

"Tom, j'crois que c'est ici le bar dont a parlé Alex'." J'arrête le moteur. Pas de réponse, il se contente de baver sur le cuir du siège.
"vouèvouètarézonfotoutelépécholéserveuz..." Dieu soit loué, ce n'est qu'un rêve.
"Non non, là il faut se réveiller. Y'a pas une demi-heure tu voulais la frapper ! Ressaisis-toi !" Pour le motiver, je le pousse un peu. Après cinq bonnes minutes de "lâchemoilésupertrotôtabuzbill" on en arrive enfin à "Oùcékonécékoicekatrkatrécebarmoche ?"

On pousse la porte du bar tous les deux, et je m'approche du comptoir où à cette heure-là il n'y a pas vraiment grand monde.
"On cherche une serveuse, Lina. On nous a dit qu'elle travaillait ici". Le type nous regarde, l'air méfiant. Evidemment, moi surexcitée et Guitarman complètement amorphe derrière, il y a mieux comme visite matinale.
"Ben... si vous y tenez je vais vous l'appeler."


Ca fait maintenant une demi-heure qu'ils parlementent tous les deux. Je me suis mise à l'écart quand elle est arrivée, j'avais moyennement envie d'être entre Linabrutie et Toménervé. J'entends des bribes de phrases, apparemment elle essaie tant bien que mal de justifier ses gestes. D'après ce que je comprends, c'était uniquement pour montrer à ses copines. Mais Tom n'apprécie pas vraiment et réclame malgré ça toutes les photos.
"Mais j'aurais plus aucun souvenir !" La pauvre, on dirait presque qu'elle va pleurer.
"C'est bien le but !" Ouch. Ca, c'est dit. Miss mini-short monte quatre à quatre un petit escalier dans le fond de la salle, l'air frustré. Le guitariste me regarde avec un sourire de victoire, et quand cinq minutes plus tard elle lui remet enfin les fameuses photos, il jubile.

On remonte dans la voiture. Il ouvre l'enveloppe et en sort quatre photos, mal cadrées et un peu floues. Malgré ça, on reconnaît très bien Tom, la tête sur l'oreiller et pas vraiment habillé. A côté de lui, Lina prend des pauses qui se veulent visiblement significatives, du genre "Z'avez-vu-z'ai-vraiment-pieuté-avec-Tom-d'abord !"

Le dit Tom soupire, consterné.
"Ca t'était jamais arrivé ?" Il se retourne vers moi avant de me répondre, étonné par ma question.
"Ben... nan. Normalement le matin elles partent sans dire un mot. Et j'ai plus aucune nouvelle." Il explique ça très naturellement, comme si c'était un rite d'usage. Euh... aurais-je oublié un instant que depuis quelques mois je multiplie aussi les nuits fort bien accompagnée et les réveils terriblement seule ?

"Anouk ? On rentre, non ?" Perdue dans mes pensées, j'en ai oublié de démarrer.

Pendant le trajet, tout ça me travaille toujours.
"Tu t'es jamais demandé ce qu'elles pensent au réveil ? Ou ce qu'elles deviennent ensuite ? Qui elles sont, quelle vie elles mènent..." Je le regarde, en me disant que j'aurais pas dû le questionner comme ça : ça en dit trop long sur la partie de moi-même qui est mal dans sa peau à cause de toutes ces aventures sans suite.
"Bien-sûr que si." Waouh. Je suis sur le cul, Tom réfléchit donc à propos de ses conquêtes ?
Il tourne la tête vers moi : il a un air sérieux qui le rend encore plus délicieux à regarder.
"Dis-moi, ça sent le vécu ce que tu me demande là..." Voilà, j'en étais sûre ! Je suis grillée ! Vite Anouk, trouve une parade pour te sortir de là.
"Nan c'est juste que... ce mode de relations m'intrigue !" Ca, c'est pas une parade, mais un auto-enfonçage.
Il est pas du tout convaincu, et m'observe intrigué en jouant avec une de ses dread, appuyé contre la vitre. Il semble réfléchir, et ça ne me dit rien qui vaille, surtout vu le début de question qu'il articule lentement quelques minutes après.

"Anouk, ça te dirait pas de...

# Posté le mercredi 19 décembre 2007 13:38

Modifié le dimanche 06 janvier 2008 18:35