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Chapitre 5

Chapitre 5
En un quart d'heure, je me change pour monter à cheval et je descends dans le salon. Je n'y vois pas les gars, et me rend directement aux écuries. Toute l'équipe m'attend.

"Ben, t'as l'air bizarre..." remarque Sam en sellant péniblement sa grande jument, Liaska.
"Tu vas pas me dire que mes blagues bidons te manquent ?" répondis-je avec un sourire.

Malheureusement, ça non plus ça fait rire personne. Ils me regardent tous, l'air inquiet. Je me tourne vers eux. De toute façon, on ne s'est jamais rien caché.

"Ben, Gustav m'a embrassé. Et ça n'a pas plu à Tom, qui a tout vu."
"Oh, Blondinet en pincerait-il pour Blondinette ?"
Alex s'énerve : "Mat', c'est pas vraiment drôle."
"Moi j'trouve ça super comique ! Ca va mettre l'ambiance !" Mathieu a l'air ravi. Pas moi, ni les filles, qui essayent de me rassurer :

"Tu sais, c'est leurs instincts primitifs qui reprennent le dessus. Ca va vite leur passer. Il faudrait que tu leur parles pour mettre tout au clair."
Elles me redonnent le sourire.

On conduit nos chevaux dans la grande carrière. Il fait encore un peu chaud, elle est déserte. Je regarde dans les tribunes, où sont installés de grand parasols. Personne, sauf... quatre types qui sirotent des coca. Mathieu avait suivi mon regard :
"Ben ouai, j'leur ai dit qu'ils pouvaient venir nous voir..."

Il manquait plus que ça. Evidemment, ma gêne atteint le niveau d'alerte : mes doigts se crispent sur les rênes, je n'arrive à rien avec Heponyme, que je dois pourtant préparer au mieux pour le concours de la semaine prochaine. Il a déjà beaucoup d'expèrience et de travail, malgré ça il ne comprend rien à ce que je lui demande. Pas étonnant, je ne sais plus rien lui demander correctement.

Au bout du premier quart d'heure, destiné à la détente, Mat' installe des obstacles au milieu. Il démarre à 1 mètre, comme toujours. Et puis très vite, ça monte. Il ne faut pas blaser les chevaux, alors on varie les hauteurs et les exercices.

Dieu soit loué, mon cheval fait son boulot. Je me reprends peu à peu. Heureusement, parce qu'on atteint vite fait les 1 mètre 30. Bill et sa bande de rockeurs rebelles font des paris sur le premier qui fera tomber une barre. Visiblement, ça les éclate.

Finalement, au bout d'une heure, on rentre nos chevaux. Alors que le reste de l'équipe s'éloigne en direction de la sellerie, je m'assois contre un box et commence à nettoyer mes cuirs. Gustav s'approche de moi. Je lui souris. Il a l'air tendu. En silence, il regarde mes mains frotter les sanglons et astiquer les boucles, mais je doute qu'il soit là pour apprendre quoi que ce soit en rapport avec le nettoyage du harnachement.

"Dis-moi Anouk..." Au cas où j'avais pas compris qu'il s'adresse à moi !
"... Tu l'as pas mal pris, que je... Enfin, tout à l'heure dans ta chambre..."
"Ce serait plutôt à Tom, qu'il faudrait demander ça !"
"Ouai... Il a pas apprécié. J'comprends pas pourquoi il tire la gueule à ce point." Si même Gustav ne cerne pas, je risque pas d'être plus avancée.

Je pose ma selle. Je me lève et prends sa main.

"Tu sais, j'veux pas être une source d'engueulade entre vous deux. Vous êtes ici tous les quatre pour passer des vacances ensemble. Le mieux, c'est qu'on essaye d'être amis pour que tout se passe au mieux, tu crois pas ?" C'est sincèrement ce que je pense.

"J'ai parlé à Tom. Et je crois que ni lui, ni moi n'a envie d'être ami avec toi." Rien à dire, il a de la répartie. Peut-être même un peu trop à mon goût.

Il passe sa main sur ma nuque, puis redescend le long de ma hanche. Je ne trouve rien à dire, pourtant je cherche ! Il s'approche doucement de mes lèvres, et là me vient une idée :
"Gustav, je pue le cheval." Bien-sûr, c'était sûrement pas la phrase adéquate. Mais ça marche !

Il me regarde, surpris. Nos visage ne sont qu'à quelques centimètres, et apparemment il n'est pas décidé à détacher ses mains de mon corps. Des éclats de voix nous parviennent : c'est toute l'équipe qui s'approche de nous, accompagnée du groupe.
"T'aurais pas vu Gus..." Bill se tait. Pas Mathieu.
"Ben si, il est là ! Tu vois bien, c'est lui contre A..."
"Merci Mathieu, on a vu oui !"

Là, c'est officiel : la situation déjà tendue entre Tom et Gustav tourne au froid sibérien.


Le repas du soir est animé, comme toujours. Visiblement, Mat' a réussi à convaincre Bill de le suivre en boîte. Les filles, elles aussi, sont super motivées. A la table, il n'y a que Tom, Gustav et moi qui ne prononcent pas un seul mot. De toute façon, que dire ? "Ecoute Tom, j'embrasse ton collègue parce qu'il fait du forcing avec ses lèvres, mais au fond sache que tu ne me laisse pas non plus indifférente." Ce serait ridicule. C'est pourtant la vérité.

Une heure plus tard, je suis sencée me préparer pour passer une soirée endiablée en boîte. Mais, assise sur mon lit, je ne pense qu'à eux : si je suis attirée par lui, pourquoi j'en laisse un autre m'embrasser ? Peut-être parce que je ne suis pas sûre que Tom pense la même chose de moi... Je me sens un peu comme dans Dallas, version allemande. Sauf que là, tout le scénario est dans ma tête, et c'est beaucoup moins drôle.

"Je t'en voudrais pas, si tu mets de la marque !" Mon dieu, dîtes-moi pas que Tom a débarqué dans ma chambre alors que je souriais niaisement en pensant à la pire des séries américaines ?! Anouk, reprend-toi !
"T'as subitement enterré la hache de guerre ?"
"C'est pas à toi que j'en veux..." Il vient s'assoir à côté de moi sur le lit, puis il continue : "Tu sais que je m'imaginais passer des vacances super glauques, loin de toute grande ville..."
"Hey enflure, dis que l'ambiance est morte surtout, je t'en voudrais pas ! Je te rapelle que c'est toi le spécialiste des blancs, pour l'instant !" Pour la peine, je lui rend le coup qu'il m'avait filé au bord de la piscine.

"J'voudrais que tu me vois autrement que comme ça. J'voudrais que tu me vois comme moi je te vois." Il a pas l'air de rire.
"Et comment tu me vois ?"
"Comme quelqu'un qu'il faut connaître à tout prix, et le mieux possible. Gustav te monopolise, j'aurais envie que ce soit moi qui passe du temps avec toi." Il me regarde fixement, c'est super gênant à vrai dire.
"Tu sais Tom, on est pas non plus mariés, ton pote et moi." Tentative vaine de détendre l'atmosphère. Je tente autre chose : "Rien ne nous empêche d'être amis !" Je souris. Pas lui.

Je ressens subitement quelque chose de très fort, comme une envie à laquelle il est difficile de renoncer. Je ne peux m'empêche de regarder ses lèvres parfaites, son visage si doux. Pour faciliter la chose, il ne dit toujours rien. Au contraire, il se lève comme pour sortir. Je le rattrape par le bras.

"Tom, c'est pas facile. J'ai pas l'air comme ça, mais j'suis plutôt quelqu'un de solitaire. Sans attache, tu vois. A part les amis, j'ai rien de stable, rien de fixe. Nous deux on est pareils, on vogue de nuit en nuit, de connaissance en connaissance. Qu'est-ce que tu veux qu'il nous arrive, à part du mal ? J'vois pas ce que tu t'imagine : moi et Gustav, c'est pas sérieux. On a des vies qui ne nous permettent pas de créer quelque chose de solide, et tu le sais bien. Peu importe si c'est avec toi ou avec lui que je passerai une nuit, au final vous partirez. Un matin, il n'y aura plus personne. Alors te prend pas la tête à essayer de me faire comprendre quelque chose qu'au fond de toi tu ne pense même pas, et qui ne changera rien à notre vie. On a pas le temps d'avoir des sentiments."

Ca m'arrache le coeur de dire ça. Pourquoi est-ce que je ne lui dis pas qu'à mes yeux il n'est pas comme les autres ? Des filles donneraient cher pour avoir l'occasion d'être avec lui. Et moi, je fuis. Je fuis tant qu'il est encore temps, pour ne pas souffrir.

"C'est toujours une course. On a jamais le temps de souffler. Moi je voulais respirer un peu, au milieu de tout ça. Avec toi, Anouk... T'es tellement crue, et à la fois tellement douce. Je sais que toi aussi t'en as besoin, au fond..."

"J'crois qu'en fait elle a surtout besoin de se changer peinarde." Gustav était sur le pas de la porte, l'air super fier d'avoir interrompu Tom.

C'est sûrement une manie, chez eux, d'épier les conversations des autres. Ou alors c'est moi qui ai la mauvaise habitude de jamais fermer la porte...

"Bon, débrouillez-vous, mais faîtes quelque chose qui décoince la situation !" En fait, j'aurais jamais dû dire ça...

# Posté le mardi 28 août 2007 14:01

Modifié le lundi 24 septembre 2007 00:54

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