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Chapitre 3

Chapitre 3
De mon lit, je les entends rire, crier... La fenêtre de mon balcon donne juste au-dessus de la piscine, et à en juger par le grincement des chaise-longues, ils sont toujours vautrés au même endroit.

Je m'en veux un peu de pas être rester avec eux. J'me trouve ridicule. Mais eux ont l'air de m'avoir zappée. Dans un sens, ça me rassure. Peut-être qu'en fait j'ai pas été assez pitoyable pour qu'ils en parlent après mon départ.

Je me goinfre de gâteaux apéritifs que j'ai pris sur le bar en montant dans ma chambre. J'avais dit vite fait bonsoir aux gens qui buvaient un dernier verre dans le salon, et je m'étais excusée de pas rester avec eux, prétextant la fatigue.

Je regarde les étoiles. Je me sens plonger dans un sommeil profond. Après tout, je n'avais pas complètement menti en disant que j'étais épuisée.


"Connard ! J'vais te mettre ta misère, bordel !"

Je me redresse dans mon lit, affolée. Le lecteur DVD indique 8h tout juste. C'était comme si les hurlements venaient de ma propre chambre. J'entends des bruits terribles, comme des choses lourdes qui tombent par terre. Je sors de mon lit en courant, j'attrape un peignoir et je me jette dans le couloir. Mat', visiblement, a été tiré du sommeil en même temps que moi, et pour la même raison : il me regarde, les cheveux emmêlés, l'oeil hagard, sur le pas de sa porte. On comprend vite que le boucan vient de la chambre de Bill.

Je n'hésite pas : suivie de Mathieu, j'entre dedans et constate les dégâts, atterrée. La première chose que je vois, c'est le chariot du petit-déjeuner qu'amène le room-service tous les matins aux clients qui ne veulent pas manger avec tout le monde dans le salon. La nappe blanche qui le recouvre traîne à moitié par terre, recouverte de miettes, de café, de confiture. Deux chaises sont renversées, et si on m'avait dit que deux bandes rivales s'étaient massacrées sur le lit, je l'aurais cru. Seule la télé, la chaîne Hi-Fi et le lecteur DVD semblent indemnes.

Tom, assis par terre, me regarde l'air gêné, en caleçon tartiné de Nutella. Bill et assis sur le lit, la mine défaite et consternée, mais propre. J'entends du bruit dans la salle de bain, et en tournant la tête je vois Gustav. Dieu soit loué, ce n'est pas du sang, mais de la confiture qu'il a sur le visage.

"Vous vous foutez de ma gueule, là ?" Je hurle. Personne ne répond.

Mathieu décide de ramasser ce qu'il peut. Je lui dis que ce n'est pas à lui de le faire, et je continue de m'énerver, sans pouvoir m'arrêter :
"Vous avez une idée du bruit que vous faîtes ? Vous voulez réveillez tout l'hôtel, ou quoi ?"

Je me retourne. Derrière moi, plusieurs femmes de chambre sortent des torchons, des éponges et des produits de nettoyage d'un petit placard. Je me pousse pour les laisser entrer dans la chambre. Je ne sais plus quoi dire, à part : "Ca commence bien, putain !"

Oubliées, les bonnes manières qu'exigent la tenue d'un hotêl 4 étoiles. Oubliées, les promesses que je m'étais faites au tout début, d'être toujours patiente et conciliante avec les clients. Là, ça dépasse les bornes. Ces gosses gâtés pourris donnent du travail en plus à toute l'équipe de l'hôtel, réveillent tout le monde et cassent la moitié des meubles de la chambre.

Je prend une douche rapide, je m'habille et je m'apprête à descendre dans le salon pour déjeuner avec les autres. On avaient décidé que c'était plus convivial que de manger chacun dans sa chambre, et d'ailleurs la plupart des clients trouve ça mieux aussi. En passant devant la chambre de Bill, je frappe. La voix de Tom me dit d'entrer. Tout est déjà nettoyé et rangé. Il n'y a plus que Tom dans la chambre.

"Je suis désolé" me dit-il avec un sourire.
A la vue de son visage aux traits si parfaits, je ne pouvais plus être en colère.
"Essayer de vous battre proprement, la prochaine fois. Où sont les autres ?" demandai-je.
"Euh, Bill et Gustav sont déjà en bas, avec Mathieu. Georg dort encore, j'crois bien."
"Et toi, tu médite ?"
En effet, il est assis sur un fauteuil, habillé mais l'air dans les vappes.
"Très drôle ! répondit-il, toujours en souriant. Nan, j'attendais que tu sortes de ta chambre."
Il voit mon air interrogateur, et continue :
"J'voulais te parler d'hier soir."
"De mon bras ?"
"Entre autres..." En disant ça, il prend un air pensif.
"Désolée d'être partie si vite. J'me sentais en trop."
"En temps que gérante de l'hôtel, tu devrais pas. C'est génial ici, et c'est pas souvent qu'on rencontre une propriétaire aussi jeune. Alors ce soir, reste avec nous. Les autres seront ravis." Il a dit ça très vite, et du coup j'suis très surprise.
"Et toi ? Tu seras ravi aussi ?" C'est débile comme question, mais j'ai envie de savoir.
"Bien-sûr ! Tes copines et toi, vous avez l'air carrément cool !" Et il rit. Il se marre, ouai. Alors soit je suis débile, soit y'a vraiment rien de drôle et c'est lui qui l'est.

On descend tous les deux dans le salon. Au lieu de m'assoir à la table habituelle, avec tous les autres, je reste au milieu de la salle, attendant que Tom s'assoit, pour pouvoir m'excuser du dérangement de ce matin auprès des clients. Et oui, c'est la corvée de la directrice d'un hôtel : s'il y a le moindre problème, c'est ma responsabilité. Mais le guitariste reste à côté de moi, et il regarde Bill et Gustav en riant. Peu importe, je me lance :
"Bonjour. Vous avez sûrement entendu du bruit ce matin. J'espère que ça ne vous a pas réveillé..." Tom m'interrompt :
"Vouai, vous savez ce que c'est, les jeunes !"

Dans la salle, tout le monde rit. C'est visiblement un grand comique, ce type. Je regarde autour de moi : tout le monde parle, s'esclaffe, mange... Les trois quarts sont des cavaliers, d'âge moyen 30 ans, venus ici pour s'améliorer. En effet, le père de Mathieu avait eu la bonne idée de rajouter une cinquantaine de box destinée à accueillir les chevaux de ceux qui séjournaient à l'hôtel, et d'embaucher des moniteurs pour donner des cours à qui le souhaitait. Et c'est ce qui fait le succès de cet endroit. Le quart restant, c'est des retraités ou des couples venus ici pour se reposer et se promener. La superbe campagne environnante attire aussi pas mal de clients.

Tout ce petit monde regarde Tom gesticuler et écoute attentivement ses blagues. Je me tourne vers le clown :
"T'as du succès !"
"Toi aussi, poupée !" Avant que j'ai pu dire quoi que ce soit, il me prend par la taille, tire une chaise à la table de l'équipe et m'invite à m'assoir. Je rougis. Les quelques quarante personnes présentes sont pliées en deux.
"Vous avez de la chance qu'ils prennent votre baston de ce matin comme ça" dis-je en regardant Gustav qui s'enfile toute la cafetière.
Apparemment, ils déjeunent deux fois. On aura tout vu.

Une demi-heure après, toute la troupe se lève. Je me dirige vers les cuisines, pour demander ce que le cuisinier compte nous préparer à midi, mais je sens une main sur mon épaule : c'est Gustav.
"J'me sens tout bête pour ce matin... des fois on est vraiment trop... cons !" Il parle en regardant ses pieds, et retire sa main l'air embarassé.
"Si vous nous faisiez un petit concert gratuit un de ces jours, je pourrais éventuellement oublier la vision affreuse que j'ai eu ce matin..." Les autres membres du groupe se retournent vers moi en souriant.
"Quelle vision ? Tom en caleçon ?" Mais en voyant s'approcher le guitariste, l'air furieux, Gustav semble regretter ses paroles.
Ils se coursent à travers la pièce.
"Cassez rien !" leur lançai-je.

Finalement, leur bonne humeur me fait sourire. Après tout, ils sont en vacances, et ils ont bien raison d'en profiter.


Quelques heures plus tard, en début d'après-midi, quelqu'un frappe à ma porte. Je suis posée devant la télé, à regarder une émission sur Equidia. J'ai la flemme de me lever pour ouvrir même si je suis à 5 mètres de la porte, alors je prend un air super hautain et blasé, et je dit "Moui, entreeez !"

La frimousse de Gustav apparaît. On dirait un bébé. Un gros bébé. C'est l'heure de la sieste, dans les chambres voisines certains clients dorment. Il le sait, il chuchote :
"Je m'ennuies grave. Pas toi ?"
"Euh, si tu l'dis... Si tu veux là y'a une super émission sur la formation d'un jockey jusqu'aux premières courses..."
Il lève un sourcil. Lui aussi il fait super bien le type blasé.
"Bon ben je sais pas moi, qu'est-ce que tu veux faire ? demandai-je. J'ai plusieurs heures devant moi, je ne monte à cheval qu'à 18 heures."

Ca y'est, je suis à nouveau dans la situation d'une responsable de colo : qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire faire aux petits n'enfants cet après-midi ? Un feu d'artifice de confettis, ou de la peinture au Nutella ?

"Ben j'aimerais bien voir ton... domaine. J'ai vu que l'hôtel pour l'instant, et puis faut dire que..." Qu'est-ce qu'il voulait dire ?
"Quoi ?! Il est nul mon hôtel ? ... T'aime pas les rideaux j'suis sûre ?! Vouai ! Je l'avais bien dit à Mathieu que cette couleur n'allait pas avec..."
"Anouk ! Quand tu veux on prend ta voiture et quand tu veux on va se promener." Il est super autoritaire, le bébé.

J'attrape les clés du 4x4, et on descend. Le salon est désert, à part Tom et Mat' qui s'endorment sur un canapé devant un DVD qui m'a l'air palpitant. Une fois montés dans la voiture, je demande :
"Tu veux aller où ?"
"Y'a pas une rivière, dans le coin ? Il fait chaud là !"

On roule pendant un petit quart d'heure sur les chemins que je connais par coeur, et arrivés dans un coin de la propriété où il y a une petite chute d'eau, on s'assoit au bord de l'eau...


# Posté le lundi 27 août 2007 07:35

Modifié le lundi 27 août 2007 10:32

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