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Chapitre 2

Chapitre 2
La surprise manque me faire lâcher ma serviette. Puis vient le tour de la colère :
"Tu fais quoi, là ?"

Je considérais ce type comme un gamin. Seulement un an et demi de moins que moi, et incapable de contrôler ses pulsions animales. Il venait de le prouver en entrant dans ma chambre.
Pas gêné du tout, il s'assoit sur le lit.
"Ben, c'était pour te dire qu'on mange."
"Je dois prendre ça pour une excuse ?" Je crie presque.

Il me regarde, les yeux grands ouverts, la tête un peu penchée sur le côté. Il a l'air étonné. Tout simplement étonné.

Je regarde dans le grand miroir, au dessus du lit. J'y vois un gringalet avec des dreads blondes, face à une nana en serviette complètement trempée. "Merde, me dis-je. Dans l'histoire, c'est pas lui qui a l'air le plus niais".

Je décide de faire comme chez moi... puisque contrairement aux apparences, j'étais bel et bien dans ma chambre. J'ouvre l'armoire, prend les premières fringues qui me tombent sous la main, les balance sur le lit. Tom se contente d'observer ce qui attérit près de lui, de toucher les tissus :
"Hey, c'est du luxe tout ça !"

C'est la remarque de trop. Je m'habille avec de grandes marques, parce que je dois faire bonne figure. Bien-sûr, ce n'est pas une corvée, mais je déteste qu'on me prenne pour une pin-up accro à Yves Saint Laurent et Chanel. Je change de sujet, d'office.
"En même temps, j'aurais pû deviner, à 20 heures passées, que je devais descendre manger. Mais merci quand même !" lui lançai-je en lui reprenant les vêtements des mains, signe que je voulais m'habiller seule.

Il se relève, remonte son baggy. Je dois rétorquer quelque chose, au risque de passer pour une simplette.
"Tu peux parler de mon top ! Ton pantalon doit dépasser le prix de tous mes sous-vêtements réunis !" dis-je avec un sourire, qui s'estompa très vite.
C'était une boulette. L'exemple était mal choisi. Très mal. La preuve, il sourit.

Il décide enfin de marcher jusqu'à la porte, mais avant de la passer il se retourne, et m'inflige une dernière humiliation : il me reluque de bas en haut.

Dépitée, je m'assoit sur le lit. En temps normal, les gars qui viennent dans cette chambre ne me ridiculisent pas avec leur seul sourire. Il y passent la nuit, puis disparaissent sans laisser de trace... ni de numéro.
Avec Tom, c'est différent. Il n'y a passé que 5 minutes, et pourtant j'ai toujours dans l'esprit son visage, sa voix, son odeur... Il faut que je me reprenne. D'autant plus qu'il n'est pas comme les autres : il est pire, d'après les rumeurs.

Un quart d'heure après, je me retrouve dans le salon. Je ne sais pas comment mes jambes m'ont porté jusque là. Je ne sais pas non plus pourquoi il me met dans un tel état. Je ne comprend plus rien, mais je me rappelle d'une chose : faire bonne figure. D'habitude c'est pas si dur : j'aime sourire aux gens, rire et faire rire. Mais là, je suis plutôt du genre crispée.

En m'approchant de la table, je regarde qui y est assis : c'est vite vu, il y a les Tokio Hotel, et mon équipe, qui m'a gentiment laissé une dernière place en face de Tom. En m'asseyant, je me demande si c'est un cauchemar.

Et puis il me sourit, et je change d'avis. Ce n'est pas un sourire moqueur, c'est un sourire qui fait voyager. Un sourire tendre, réconfortant. Un sourire tout simplement sympa, sur un visage d'ange.

Je me joins à la discussion : on parle voyages, sport, hôtels... On parle, et surtout on rit. Tom me regarde souvent, mais je me dis que c'est tout simplement parce qu'il est en face de moi. La salle est comble : les gens nous saluent, certains jouent au billard, d'autres ont les yeux rivés sur l'écran plat de la télé qui rediffuse les épreuves majeures d'une compétition de dressage.

Quant à moi, je ne peux m'empêcher de l'observer. C'était différent avec les mecs que j'avais rencontrés auparavant : ils étaient certes très beaux, mais beaucoup plus francs, moins intriguants. Avec eux, pas de détour : "Tu sais Anouk, je t'ai beaucoup vu à la télé..." Ca commençait toujours comme ça, et ça finissait toujours de la même façon : "On termine la soirée dans ta chambre ?"

Mathieu se moquait toujours de moi, à propos de ça : "C'est toi qui les intéresse, ou le luxe de ton lit ?!"
Dieu soit loué, jamais il ne me demandait pourquoi je disais oui à chaque fois. La réponse me faisait mal, mais c'était tellement évident : pour passer le temps. Pourtant, je ne cessais d'espérer que l'un d'entre eux me donne de ses nouvelles, revienne me voir. En vain. Ils étaient adorables le temps d'une nuit. Mais tout ça n'était qu'hypocrisie.

Tom me sortit de ces pensées amères :
"Anouk ? Tu viens avec nous ?"
Ils sont déjà tous en train de se lever. J'ai visiblement raté le coche !
"Où ?" demandai-je.
"Piscine-party !" cria Mathieu.

C'est la spécialité de Mat' : rajouter "party" après chaque mot désignant une activité, aussi banale soit-elle. Ce qui donne tantôt "dada-party", comprenez équitation, ou alors "dvd-party"... j'en passe, et des meilleures !

Tout la clique monte dans les chambres pour se changer. En me deshabillant, j'ai l'impression que son regard est toujours posé sur moi. C'est comme une douche froide après la canicule : desagréable, mais tellement bon en même temps...

Je redescends en maillot de bain noir, tout simple. Cadeau de Mathieu. C'est un Dolce & Gabbana, et je redoute une remarque de Tom.

Une demi-heure après, je suis allongée sur une chaise longue. Sous les lumières qui éclairent l'eau bleutée et les palmiers, j'observe ce qui se passe autour de moi, comme un roman-photo. Les filles papotent à côté de moi : ça parle équitation, comme souvent. Bill est étendu, de l'autre côté, en face de moi. Peut-être qu'il est pas waterproof, après tout... En tout cas, il se contente d'observer Mat', Gustav et Georg qui pataugent joyeusement.

A quelques mètres de moi, sur une autre chaise longue, il y a Tom. A défaut de nager dans la piscine, il nage dans son short de bain. Il me fait penser à mes ex du lycée : maigrichon mais pas trop, la bouille d'un ado rebelle, plongé dans son monde de guitare et de cigarette. Il a un casque énorme sur les oreilles, fredonne un air qui m'est inconnu, compose des notes sur une gratte imaginaire, et secoue la tête compulsivement, le tout les yeux dans le vague.

Je me tourne vers les filles, qui l'observaient aussi d'un air inquiet, et je les interroge du regard :
"Qu'est-ce qu'il a mangé qu'il fallait pas?"

Visiblement, l'étude du specimen Tom Kaulitz les intéresse moins que les derniers ragots des écuries voisines. Elles reprennent activement leur bla-bla. J'hésite entre les deux. Je choisis d'aborder le guitariste aux airs d'autiste. Je pousse ma chaise longue vers lui. Aucune réaction.

Je me demandais de quel nom latin on pourrait affubler l'animal vautré à mes côtés, quand il coupa la musique.

A présent, on entend juste les vaguelettes de la piscine, et le vent dans les palmiers. Les trois gars faisaient la planche dans la piscine, visiblement en pleine méditation, les yeux rivés sur les étoiles. Je tourne la tête, me demandant à quel autre comportement primitif mon voisin de chaise longue allait se livrer. Au fond il me fait bien rire. C'est plus distrayant que les "dvd-party" de Mathieu.

"Alors comme ça, tu monte à cheval ?"
Il s'était lancé, courageusement.
"Faut croire ! Tu dois trouver ça super ringard, non ?"
En disant ça, je le regarde : il a baissé son casque autour de son cou, et il m'observe lui aussi, comme dans la chambre tout à l'heure.
"Non ! Au contraire, ça peut être super utile de savoir chevaucher !" répond-il.
"On me l'a déjà faite, merci." Je suis vexée, moi qui pensait qu'il s'intéressait sincèrement à ma passion.
Il s'aperçoit de ma déception, et il me balance une grosse claque sur l'épaule :
"Oh, allez ! T'aime pas les blagues ?" Il affiche un grand sourire. Visiblement il est très fier de son humour.
Je me contente de crier "Aïe", en le regardant avec un air de reproche. Quelle brute !

Je me lève : en fait je m'ennuie quand même. Mathieu sort de la piscine, dégoulinant, et demande si "Mamy Anouk" va déjà se coucher.
"Je ferai peut-être une nuit blanche quand Tom saura discuter avec moi sans tenter de me casser le bras." répondis-je.

Pourquoi tout le monde rit ? Depuis que le dreadeux a débarqué, j'ai toujours l'impression d'avoir un train de retard.
Je veux partir, mais Bill en rajoute :
"Mon frère sait faire beaucoup de choses avec les filles, en dehors de leur casser le bras."
"Je suis heureuse de l'apprendre. Bonne nuit !" Je suis exténuée par leurs vaines tentatives de me faire rire. Je sais pas ce que j'ai, je suis de mauvaise humeur.

Ce gars m'horripile.

# Posté le vendredi 24 août 2007 08:30

Modifié le jeudi 13 décembre 2007 14:07

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