Chapitre 1

Chapitre 1
Je serre le frein à main, arrête l'auto-radio et le moteur, remonte les vitres. Je fais tout lentement, comme si j'avais à réfléchir à l'ordre dans lequel je le faisais.

Puis je reste assise, 5 bonnes minutes. Jusqu'à ce que je réalise que peut-être dans l'hôtel ils auraient entendu la voiture arriver, et qu'ils se demanderaient sûrement ce que je foutais.

Alors je me décide. Je suis pas motivée, en fait j'ai un peu peur. Peur d'eux, ou plutôt de ce qu'ils vont penser de moi. Après tout, je croise tellement de monde chaque jour : dans ces soirées mondaines à 2 balles, dans les conférences de presse où tous parlent en même temps, lors des concours, pendant les ventes aux enchères... Tant de situations où j'aurais des raisons de stresser. Et puis en fait rien. Jamais d'angoisse, sauf aujourd'hui. Parce que dans le salon de mon hôtel, il y a 4 gars connus dans toute l'Europe... qui m'attendent.

Je pousse la grande porte vitrée ; j'ai qu'une peur c'est de croiser leur regard. Je ne sais même pas où ils sont, tout est si grand ici. Il y a des fauteuils partout, et ils pourraient être aussi bien assis au bar que dans le grand canapé du fond. Mais pas besoin de les chercher : ils sont là, au milieu, plantés comme s'ils allaient prendre racine.

Y'a Bill, Tom, Georg et Gustav. Je suis fière de moi, je connais quand même leurs prénoms même si je ne les adule pas comme des milliers d'autres filles. Y'a qu'un problème : je sais pas différencier Gustav et Georg.

A côté d'eux, y'a un gars qui sourit de soulagement en me voyant débarquer.
"Bonjour Anouk ! J'crois qu'on a roulé trop vite, on a dû vous attendre."

J'ai envie de lui dire "Nan nan c'est juste que j'avais une flemme internationale de vous parler."

Mais il continue, et en plus de ça il parle très vite malgré son accent :
"Je suis leur manager. [Il montre du doigt les 4 gars, qui ne disent rien.] J'espère qu'ils s'amuseront bien ici, je vous fais confiance. Je sais que vous êtes très occupée et que vous avez beaucoup de choses à gérer, mais ils sauront se débrouiller seuls."

A peine 2 minutes plus tard, je me retrouve seule avec les Tokio Hotel dans le salon. En si peu de temps, il avait réussi à me remercier, à leur dire au revoir, et à démarrer au volant de sa BM flambant neuve... ou alors très propre, je sais pas. C'était un peu comme quand les parents laissent leurs mômes au directeur de la colo : ils sont inquiets, mais pressés d'être tranquilles. Le soucis, c'est que j'ai aucune envie de jouer la responsable de colonie de vacances.

Maintenant qu'il est plus là, ils me regardent tous les 4 attentivement. A tel point que j'ai l'impression que mon slim est transparent. Il faut que je dise quelque chose.
"Z'avez fait un bon voyage ?"

C'est comme sur internet, quand je voyais des photos d'eux : y'en a un maquillé, l'autre habillé trop large, et les deux derniers ont l'air perdu, mais sympa.

"Je m'appelle Anouk, je suis la propriétaire de tout ce que vous voyez autour de vous."
C'était nul, je m'en rend compte tout de suite. Ca fait grosse bourge pêtée de thune et qui s'en vante. Mais au fond, c'est pourtant la vérité.

Machinalement, ils regardent autour d'eux : le bar où on peut commander toutes les sortes d'alcool possibles et imaginables, les meubles design, les baies vitrées à travers lesquelles on aperçoit la piscine, les palmiers...

Quand se décideraient-ils à parler ?

"Moi c'est Bill. Enfin bon, tu dois sûrement le savoir."
Il a l'air sympa aussi, lui. Il doit comprendre ma gêne. Du moins la sentir. Je me décide :
"Je vais vous montrer vos chambres !"

J'essaye de sourire le plus naturellement possible. Je me sens en trop. Je sais plus où poser mon sac, alors que je suis chez moi. Le comble, c'était que l'hôtel parraît vide. Où sont-ils tous passés ?

Ils ont tous les quatre de gros sacs de voyage. Immédiatement, une question me vient à l'esprit :
"Et vos instruments ? Vous ne les avez pas pris ?"

"Si si, ils sont déjà dans la grande salle, en bas."

Le gars aux fingues trop grands pointe du doigt le bas de l'escalier, que nous avions déjà monté à moitié. Tom, puisqu'il faut bien l'appeler par son nom, est aussi beau que sur internet et à la télé.

J'ouvre la porte des 4 chambres, voisines.
"J'espère que ça vous plaît." dis-je avec un sourire.

Evidemment, ils s'en foutent. C'est comme tous les hôtels dans lesquels ils ont déjà dormi : splendide, confortable, et vaste. Ils posent leurs affaires dans leurs chambres respectives. J'ai qu'une envie, c'est fuir. Il est environ 17h, quelle excuse vais-je bien pouvoir sortir ? Une porte s'ouvre derrière moi : Mathieu, mon sauveur.
"Dis-donc, ce serait pas les Tokio Hotel ça ?!" lance-t-il en leur serrant la main, comme s'il les connaissait déjà.

"Nan nan, tu vois bien que c'est tante Gertrude et Oncle René." pensai-je.

Je les regarde, les yeux dans le vague : Mathieu discute avec eux, leur lance des vannes.
Les 4 autres sont morts de rire. Je décide de m'esquiver :
"Mathieu, j'ai des choses à faire aux écuries."

Ils se retournent à peine. Sauf peut-être Tom, qui me regarde toujours bizarrement. Comme si ma tête lui revenait pas.

Je passe dans ma chambre, qui est juste en face de celles du groupe, et juste à côté de celle de Mathieu. Partout où on va, on choisit toujours des chambres voisines. Alors dans mon hôtel, y'avait pas de raison que ça change. Mat' a toujours été là, du moins depuis le début d'Eden Corporation. C'est lui qui un jour est passé dans l'écurie où je montais il y a un an, et qui a dit à un vieil homme en me regardant "Elle... C'est elle qu'il nous faut". En 2 temps et 3 mouvements, j'avais été embarquée dans une grosse voiture noire. Il leur fallait quelques jeunes, pour renouveler une équipe de jeunes cavaliers. On était 5 à être dans mon cas, à avoir été choisis par Mat', qui faisait déjà partie de l'équipe, et par son père, directeur d'Eden Coporation. (Comprenez sous ce nom, l'ensemble formé par nous, les cavaliers, et tout ce qui peut tourner autour : écuries, chevaux, camions, matériel... et cette propriété.)

Tout s'est très vite enchaîné : les chevaux toujours plus beaux et toujours plus grands, les compétitions toujours plus lointaines, les obstacles toujours plus hauts. Et surtout, l'équipe toujours plus soudée. Depuis un an, c'est comme des vacances tous les jours. La bonne humeur a toujours pris le dessus, surtout depuis qu'on raffle tous les prix et qu'on est... riches. Tout en continuant les concours, on a pu réaliser nos autres rêves : pour ma part j'ai construit cet hôtel avec l'aide du père de Mat', pour accueillir amis et famille. Je l'ai créé luxueux, et il attire déjà quelques stars. Pour l'équipe, pour moi et pour toutes les personnes indispensables au fonctionnement d'Eden Corporation, c'est en fait notre maison.

C'est du boulot, de devoir gérer équitation et hôtellerie. Mais j'avais embauché toute une troupe d'aides en tout genre. Tous sympas, tous heureux d'être là.

Je repense à tout ça, me disant qu'au fond je suis pas si différente de Bill et des 3 autres. J'étais partie de rien, et soudain le succès frappait à ma porte : signature d'autographes face à des hordes de cavaliers en herbe qui crient mon nom, tournois aux Etats-Unis ou au Japon sous l'oeil de centaines de caméras, interview à n'en plus finir avec des magasines de sport...

Je me change, et passe mes fringues d'équitation. Il faut que je monte à cheval pour me détendre un peu. Ensuite viendrait le suplice du repas. Parce que bien-sûr, en tant que directrice de l'hôtel, je me dois de chouchouter le groupe, comme me l'a bien fait comprendre leur manager. Le problème, c'est que je vois ça comme une corvée. Malgré les beaux yeux de Tom.

Changée, je redescends dans le salon. Tous les 5, ils sont là, à jouer au billard. Je veux me faire le plus discrète possible, pour ne pas qu'ils me remarquent. Malgré ça, Tom me regarde genre "C'est quoi cette tenue ?".

Pourtant, je monte avec les vêtements qu'une championne d'équitation se doit de porter : chemisier, pantalon blanc, bottes lustrées. Evidemment, c'était pas la préoccupation principale du guitariste. Je tente de détendre l'atmosphère :
"Ben quoi ?! Vous n'avez jamais vu de cavalière ?" lançai-je en riant.
Ils me répondent par un sourire, et avant de pousser la porte pour sortir, je me retourne une dernière fois. Tom reluque mes fesses. Et en plus, il n'a même pas l'air gêné que je le surprenne.

"Tous les commentaires des fans que j'ai lu sur internet étaient donc vrais : c'est un sacré obsédé, ce gars-là !" pensai-je en remontant dans mon 4x4 que j'avais si péniblement quitté un quart d'heure avant.

Je fonce aux écuries, situées à 2 minutes de l'hôtel, toujours sur la vaste propriété privée d'Eden Corporation.
"Ils étaient donc là !" me dis-je en apercevant toute l'équipe, assise contre les portes des box.
Comme d'habitude, Jeff m'accueillit avec un sourire : il est grand, blond, le teint basané comme nous tous à force d'être au soleil sur les terrains de concours. Il a 20 ans, l'esprit de groupe et toujours ce besoin de venir en aide aux autres. C'est le seul garçon, avec Mathieu.
Il y a aussi Alex', toujours la pêche du haut de ses 19 ans, comme moi. Elle est ce qu'on pourrait appeler ma meilleure amie.
Plus loin, Sam' et Julie, jolies brunes de 18 ans, sont vautrées dans la paille.
Ils n'ont qu'une question à la bouche : "Ils sont arrivés ?"
Personne dans l'équipe n'est fan de Tokio Hotel. On écoute de temps à autre leur musique, c'est tout.
On a vu pas mal de personnalités débarquer dans l'hôtel en un an, mais c'est pratiquement toutes des anciennes stars des compétitions, qui viennent ici se ressourcer et se remémorer leur gloire passée sur les podiums. Des gens intéressants, toujours enclins à filer des tuyaux à nous, qui commençons dans le domaine où ils avaient excellé. Des stars, à nos yeux.

Mais pas des idoles de la musique, ni des jeunes. Il faut l'avouer, nous sommes tous surexcités à l'idée qu'ils dorment tous les 4 dans l'hôtel... avec nous. Quand le manager nous a appelés, pour nous dire qu'ils avaient choisi notre hôtel pour son charme et son luxe "typiquement français", on avait vaguement établi un programme pour Bill et ses collègues : sorties en boîte, soirées DVD, billard, ... On avait finalement conclu que ce serait à eux de choisir.

"Oui, ils sont avec Mathieu. Ils jouent au billard." répondis-je.
"T'as pas l'air motivée de les voir ici" remarque Alex.
"Si si... On va mettre ça sur le coup de l'intimidation !"

Ils rient. Comme toujours. Et je me rends compte que mon attitude face aux Tokio Hotel est débile.

Pendant une heure, chacun de notre côté, on travaille un cheval. Une heure seulement, parce que c'est toujours de la concentration intense, beaucoup de boulot et de réflexion. Les chevaux appartenant à Eden Corporation valent tous très cher, et il faut les préparer au mieux pour les concours, et tout en finesse. Même si là, en l'occurrence, il n'y a pas de gros enjeu en vue : seule une petite compétition au sein même des écuries, la semaine prochaine, réunissant tous les cavaliers des haras aux alentours. On est tous habitués à ce genre de concours, on ne les fait pas pour se mesurer mais pour observer les progrès de chacun.

En début de soirée, nous sommes tous sur le chemin du retour pour le dîner. Le salon est presque rempli : en cet saison estivale, il y a pas mal de monde, mais surtout des proches ou des cavaliers. Les gens attendent leurs plats, et j'imagine qu'en cuisine, tout le monde doit travailler dur. Je ne cherche pas du regard les Tokio Hotel, je suis sûre qu'ils sont à notre grande table, en compagnie de Mathieu. Je fonce dans ma chambre, me deshabille et prend une douche.
En sortant de la salle de bain, je me trouve nez à nez avec Tom.

# Posté le jeudi 23 août 2007 15:06

Modifié le mardi 27 mai 2008 05:05

Chapitre 2

Chapitre 2
La surprise manque me faire lâcher ma serviette. Puis vient le tour de la colère :
"Tu fais quoi, là ?"

Je considérais ce type comme un gamin. Seulement un an et demi de moins que moi, et incapable de contrôler ses pulsions animales. Il venait de le prouver en entrant dans ma chambre.
Pas gêné du tout, il s'assoit sur le lit.
"Ben, c'était pour te dire qu'on mange."
"Je dois prendre ça pour une excuse ?" Je crie presque.

Il me regarde, les yeux grands ouverts, la tête un peu penchée sur le côté. Il a l'air étonné. Tout simplement étonné.

Je regarde dans le grand miroir, au dessus du lit. J'y vois un gringalet avec des dreads blondes, face à une nana en serviette complètement trempée. "Merde, me dis-je. Dans l'histoire, c'est pas lui qui a l'air le plus niais".

Je décide de faire comme chez moi... puisque contrairement aux apparences, j'étais bel et bien dans ma chambre. J'ouvre l'armoire, prend les premières fringues qui me tombent sous la main, les balance sur le lit. Tom se contente d'observer ce qui attérit près de lui, de toucher les tissus :
"Hey, c'est du luxe tout ça !"

C'est la remarque de trop. Je m'habille avec de grandes marques, parce que je dois faire bonne figure. Bien-sûr, ce n'est pas une corvée, mais je déteste qu'on me prenne pour une pin-up accro à Yves Saint Laurent et Chanel. Je change de sujet, d'office.
"En même temps, j'aurais pû deviner, à 20 heures passées, que je devais descendre manger. Mais merci quand même !" lui lançai-je en lui reprenant les vêtements des mains, signe que je voulais m'habiller seule.

Il se relève, remonte son baggy. Je dois rétorquer quelque chose, au risque de passer pour une simplette.
"Tu peux parler de mon top ! Ton pantalon doit dépasser le prix de tous mes sous-vêtements réunis !" dis-je avec un sourire, qui s'estompa très vite.
C'était une boulette. L'exemple était mal choisi. Très mal. La preuve, il sourit.

Il décide enfin de marcher jusqu'à la porte, mais avant de la passer il se retourne, et m'inflige une dernière humiliation : il me reluque de bas en haut.

Dépitée, je m'assoit sur le lit. En temps normal, les gars qui viennent dans cette chambre ne me ridiculisent pas avec leur seul sourire. Il y passent la nuit, puis disparaissent sans laisser de trace... ni de numéro.
Avec Tom, c'est différent. Il n'y a passé que 5 minutes, et pourtant j'ai toujours dans l'esprit son visage, sa voix, son odeur... Il faut que je me reprenne. D'autant plus qu'il n'est pas comme les autres : il est pire, d'après les rumeurs.

Un quart d'heure après, je me retrouve dans le salon. Je ne sais pas comment mes jambes m'ont porté jusque là. Je ne sais pas non plus pourquoi il me met dans un tel état. Je ne comprend plus rien, mais je me rappelle d'une chose : faire bonne figure. D'habitude c'est pas si dur : j'aime sourire aux gens, rire et faire rire. Mais là, je suis plutôt du genre crispée.

En m'approchant de la table, je regarde qui y est assis : c'est vite vu, il y a les Tokio Hotel, et mon équipe, qui m'a gentiment laissé une dernière place en face de Tom. En m'asseyant, je me demande si c'est un cauchemar.

Et puis il me sourit, et je change d'avis. Ce n'est pas un sourire moqueur, c'est un sourire qui fait voyager. Un sourire tendre, réconfortant. Un sourire tout simplement sympa, sur un visage d'ange.

Je me joins à la discussion : on parle voyages, sport, hôtels... On parle, et surtout on rit. Tom me regarde souvent, mais je me dis que c'est tout simplement parce qu'il est en face de moi. La salle est comble : les gens nous saluent, certains jouent au billard, d'autres ont les yeux rivés sur l'écran plat de la télé qui rediffuse les épreuves majeures d'une compétition de dressage.

Quant à moi, je ne peux m'empêcher de l'observer. C'était différent avec les mecs que j'avais rencontrés auparavant : ils étaient certes très beaux, mais beaucoup plus francs, moins intriguants. Avec eux, pas de détour : "Tu sais Anouk, je t'ai beaucoup vu à la télé..." Ca commençait toujours comme ça, et ça finissait toujours de la même façon : "On termine la soirée dans ta chambre ?"

Mathieu se moquait toujours de moi, à propos de ça : "C'est toi qui les intéresse, ou le luxe de ton lit ?!"
Dieu soit loué, jamais il ne me demandait pourquoi je disais oui à chaque fois. La réponse me faisait mal, mais c'était tellement évident : pour passer le temps. Pourtant, je ne cessais d'espérer que l'un d'entre eux me donne de ses nouvelles, revienne me voir. En vain. Ils étaient adorables le temps d'une nuit. Mais tout ça n'était qu'hypocrisie.

Tom me sortit de ces pensées amères :
"Anouk ? Tu viens avec nous ?"
Ils sont déjà tous en train de se lever. J'ai visiblement raté le coche !
"Où ?" demandai-je.
"Piscine-party !" cria Mathieu.

C'est la spécialité de Mat' : rajouter "party" après chaque mot désignant une activité, aussi banale soit-elle. Ce qui donne tantôt "dada-party", comprenez équitation, ou alors "dvd-party"... j'en passe, et des meilleures !

Tout la clique monte dans les chambres pour se changer. En me deshabillant, j'ai l'impression que son regard est toujours posé sur moi. C'est comme une douche froide après la canicule : desagréable, mais tellement bon en même temps...

Je redescends en maillot de bain noir, tout simple. Cadeau de Mathieu. C'est un Dolce & Gabbana, et je redoute une remarque de Tom.

Une demi-heure après, je suis allongée sur une chaise longue. Sous les lumières qui éclairent l'eau bleutée et les palmiers, j'observe ce qui se passe autour de moi, comme un roman-photo. Les filles papotent à côté de moi : ça parle équitation, comme souvent. Bill est étendu, de l'autre côté, en face de moi. Peut-être qu'il est pas waterproof, après tout... En tout cas, il se contente d'observer Mat', Gustav et Georg qui pataugent joyeusement.

A quelques mètres de moi, sur une autre chaise longue, il y a Tom. A défaut de nager dans la piscine, il nage dans son short de bain. Il me fait penser à mes ex du lycée : maigrichon mais pas trop, la bouille d'un ado rebelle, plongé dans son monde de guitare et de cigarette. Il a un casque énorme sur les oreilles, fredonne un air qui m'est inconnu, compose des notes sur une gratte imaginaire, et secoue la tête compulsivement, le tout les yeux dans le vague.

Je me tourne vers les filles, qui l'observaient aussi d'un air inquiet, et je les interroge du regard :
"Qu'est-ce qu'il a mangé qu'il fallait pas?"

Visiblement, l'étude du specimen Tom Kaulitz les intéresse moins que les derniers ragots des écuries voisines. Elles reprennent activement leur bla-bla. J'hésite entre les deux. Je choisis d'aborder le guitariste aux airs d'autiste. Je pousse ma chaise longue vers lui. Aucune réaction.

Je me demandais de quel nom latin on pourrait affubler l'animal vautré à mes côtés, quand il coupa la musique.

A présent, on entend juste les vaguelettes de la piscine, et le vent dans les palmiers. Les trois gars faisaient la planche dans la piscine, visiblement en pleine méditation, les yeux rivés sur les étoiles. Je tourne la tête, me demandant à quel autre comportement primitif mon voisin de chaise longue allait se livrer. Au fond il me fait bien rire. C'est plus distrayant que les "dvd-party" de Mathieu.

"Alors comme ça, tu monte à cheval ?"
Il s'était lancé, courageusement.
"Faut croire ! Tu dois trouver ça super ringard, non ?"
En disant ça, je le regarde : il a baissé son casque autour de son cou, et il m'observe lui aussi, comme dans la chambre tout à l'heure.
"Non ! Au contraire, ça peut être super utile de savoir chevaucher !" répond-il.
"On me l'a déjà faite, merci." Je suis vexée, moi qui pensait qu'il s'intéressait sincèrement à ma passion.
Il s'aperçoit de ma déception, et il me balance une grosse claque sur l'épaule :
"Oh, allez ! T'aime pas les blagues ?" Il affiche un grand sourire. Visiblement il est très fier de son humour.
Je me contente de crier "Aïe", en le regardant avec un air de reproche. Quelle brute !

Je me lève : en fait je m'ennuie quand même. Mathieu sort de la piscine, dégoulinant, et demande si "Mamy Anouk" va déjà se coucher.
"Je ferai peut-être une nuit blanche quand Tom saura discuter avec moi sans tenter de me casser le bras." répondis-je.

Pourquoi tout le monde rit ? Depuis que le dreadeux a débarqué, j'ai toujours l'impression d'avoir un train de retard.
Je veux partir, mais Bill en rajoute :
"Mon frère sait faire beaucoup de choses avec les filles, en dehors de leur casser le bras."
"Je suis heureuse de l'apprendre. Bonne nuit !" Je suis exténuée par leurs vaines tentatives de me faire rire. Je sais pas ce que j'ai, je suis de mauvaise humeur.

Ce gars m'horripile.

# Posté le vendredi 24 août 2007 08:30

Modifié le jeudi 13 décembre 2007 14:07

Chapitre 3

Chapitre 3
De mon lit, je les entends rire, crier... La fenêtre de mon balcon donne juste au-dessus de la piscine, et à en juger par le grincement des chaise-longues, ils sont toujours vautrés au même endroit.

Je m'en veux un peu de pas être rester avec eux. J'me trouve ridicule. Mais eux ont l'air de m'avoir zappée. Dans un sens, ça me rassure. Peut-être qu'en fait j'ai pas été assez pitoyable pour qu'ils en parlent après mon départ.

Je me goinfre de gâteaux apéritifs que j'ai pris sur le bar en montant dans ma chambre. J'avais dit vite fait bonsoir aux gens qui buvaient un dernier verre dans le salon, et je m'étais excusée de pas rester avec eux, prétextant la fatigue.

Je regarde les étoiles. Je me sens plonger dans un sommeil profond. Après tout, je n'avais pas complètement menti en disant que j'étais épuisée.


"Connard ! J'vais te mettre ta misère, bordel !"

Je me redresse dans mon lit, affolée. Le lecteur DVD indique 8h tout juste. C'était comme si les hurlements venaient de ma propre chambre. J'entends des bruits terribles, comme des choses lourdes qui tombent par terre. Je sors de mon lit en courant, j'attrape un peignoir et je me jette dans le couloir. Mat', visiblement, a été tiré du sommeil en même temps que moi, et pour la même raison : il me regarde, les cheveux emmêlés, l'oeil hagard, sur le pas de sa porte. On comprend vite que le boucan vient de la chambre de Bill.

Je n'hésite pas : suivie de Mathieu, j'entre dedans et constate les dégâts, atterrée. La première chose que je vois, c'est le chariot du petit-déjeuner qu'amène le room-service tous les matins aux clients qui ne veulent pas manger avec tout le monde dans le salon. La nappe blanche qui le recouvre traîne à moitié par terre, recouverte de miettes, de café, de confiture. Deux chaises sont renversées, et si on m'avait dit que deux bandes rivales s'étaient massacrées sur le lit, je l'aurais cru. Seule la télé, la chaîne Hi-Fi et le lecteur DVD semblent indemnes.

Tom, assis par terre, me regarde l'air gêné, en caleçon tartiné de Nutella. Bill et assis sur le lit, la mine défaite et consternée, mais propre. J'entends du bruit dans la salle de bain, et en tournant la tête je vois Gustav. Dieu soit loué, ce n'est pas du sang, mais de la confiture qu'il a sur le visage.

"Vous vous foutez de ma gueule, là ?" Je hurle. Personne ne répond.

Mathieu décide de ramasser ce qu'il peut. Je lui dis que ce n'est pas à lui de le faire, et je continue de m'énerver, sans pouvoir m'arrêter :
"Vous avez une idée du bruit que vous faîtes ? Vous voulez réveillez tout l'hôtel, ou quoi ?"

Je me retourne. Derrière moi, plusieurs femmes de chambre sortent des torchons, des éponges et des produits de nettoyage d'un petit placard. Je me pousse pour les laisser entrer dans la chambre. Je ne sais plus quoi dire, à part : "Ca commence bien, putain !"

Oubliées, les bonnes manières qu'exigent la tenue d'un hotêl 4 étoiles. Oubliées, les promesses que je m'étais faites au tout début, d'être toujours patiente et conciliante avec les clients. Là, ça dépasse les bornes. Ces gosses gâtés pourris donnent du travail en plus à toute l'équipe de l'hôtel, réveillent tout le monde et cassent la moitié des meubles de la chambre.

Je prend une douche rapide, je m'habille et je m'apprête à descendre dans le salon pour déjeuner avec les autres. On avaient décidé que c'était plus convivial que de manger chacun dans sa chambre, et d'ailleurs la plupart des clients trouve ça mieux aussi. En passant devant la chambre de Bill, je frappe. La voix de Tom me dit d'entrer. Tout est déjà nettoyé et rangé. Il n'y a plus que Tom dans la chambre.

"Je suis désolé" me dit-il avec un sourire.
A la vue de son visage aux traits si parfaits, je ne pouvais plus être en colère.
"Essayer de vous battre proprement, la prochaine fois. Où sont les autres ?" demandai-je.
"Euh, Bill et Gustav sont déjà en bas, avec Mathieu. Georg dort encore, j'crois bien."
"Et toi, tu médite ?"
En effet, il est assis sur un fauteuil, habillé mais l'air dans les vappes.
"Très drôle ! répondit-il, toujours en souriant. Nan, j'attendais que tu sortes de ta chambre."
Il voit mon air interrogateur, et continue :
"J'voulais te parler d'hier soir."
"De mon bras ?"
"Entre autres..." En disant ça, il prend un air pensif.
"Désolée d'être partie si vite. J'me sentais en trop."
"En temps que gérante de l'hôtel, tu devrais pas. C'est génial ici, et c'est pas souvent qu'on rencontre une propriétaire aussi jeune. Alors ce soir, reste avec nous. Les autres seront ravis." Il a dit ça très vite, et du coup j'suis très surprise.
"Et toi ? Tu seras ravi aussi ?" C'est débile comme question, mais j'ai envie de savoir.
"Bien-sûr ! Tes copines et toi, vous avez l'air carrément cool !" Et il rit. Il se marre, ouai. Alors soit je suis débile, soit y'a vraiment rien de drôle et c'est lui qui l'est.

On descend tous les deux dans le salon. Au lieu de m'assoir à la table habituelle, avec tous les autres, je reste au milieu de la salle, attendant que Tom s'assoit, pour pouvoir m'excuser du dérangement de ce matin auprès des clients. Et oui, c'est la corvée de la directrice d'un hôtel : s'il y a le moindre problème, c'est ma responsabilité. Mais le guitariste reste à côté de moi, et il regarde Bill et Gustav en riant. Peu importe, je me lance :
"Bonjour. Vous avez sûrement entendu du bruit ce matin. J'espère que ça ne vous a pas réveillé..." Tom m'interrompt :
"Vouai, vous savez ce que c'est, les jeunes !"

Dans la salle, tout le monde rit. C'est visiblement un grand comique, ce type. Je regarde autour de moi : tout le monde parle, s'esclaffe, mange... Les trois quarts sont des cavaliers, d'âge moyen 30 ans, venus ici pour s'améliorer. En effet, le père de Mathieu avait eu la bonne idée de rajouter une cinquantaine de box destinée à accueillir les chevaux de ceux qui séjournaient à l'hôtel, et d'embaucher des moniteurs pour donner des cours à qui le souhaitait. Et c'est ce qui fait le succès de cet endroit. Le quart restant, c'est des retraités ou des couples venus ici pour se reposer et se promener. La superbe campagne environnante attire aussi pas mal de clients.

Tout ce petit monde regarde Tom gesticuler et écoute attentivement ses blagues. Je me tourne vers le clown :
"T'as du succès !"
"Toi aussi, poupée !" Avant que j'ai pu dire quoi que ce soit, il me prend par la taille, tire une chaise à la table de l'équipe et m'invite à m'assoir. Je rougis. Les quelques quarante personnes présentes sont pliées en deux.
"Vous avez de la chance qu'ils prennent votre baston de ce matin comme ça" dis-je en regardant Gustav qui s'enfile toute la cafetière.
Apparemment, ils déjeunent deux fois. On aura tout vu.

Une demi-heure après, toute la troupe se lève. Je me dirige vers les cuisines, pour demander ce que le cuisinier compte nous préparer à midi, mais je sens une main sur mon épaule : c'est Gustav.
"J'me sens tout bête pour ce matin... des fois on est vraiment trop... cons !" Il parle en regardant ses pieds, et retire sa main l'air embarassé.
"Si vous nous faisiez un petit concert gratuit un de ces jours, je pourrais éventuellement oublier la vision affreuse que j'ai eu ce matin..." Les autres membres du groupe se retournent vers moi en souriant.
"Quelle vision ? Tom en caleçon ?" Mais en voyant s'approcher le guitariste, l'air furieux, Gustav semble regretter ses paroles.
Ils se coursent à travers la pièce.
"Cassez rien !" leur lançai-je.

Finalement, leur bonne humeur me fait sourire. Après tout, ils sont en vacances, et ils ont bien raison d'en profiter.


Quelques heures plus tard, en début d'après-midi, quelqu'un frappe à ma porte. Je suis posée devant la télé, à regarder une émission sur Equidia. J'ai la flemme de me lever pour ouvrir même si je suis à 5 mètres de la porte, alors je prend un air super hautain et blasé, et je dit "Moui, entreeez !"

La frimousse de Gustav apparaît. On dirait un bébé. Un gros bébé. C'est l'heure de la sieste, dans les chambres voisines certains clients dorment. Il le sait, il chuchote :
"Je m'ennuies grave. Pas toi ?"
"Euh, si tu l'dis... Si tu veux là y'a une super émission sur la formation d'un jockey jusqu'aux premières courses..."
Il lève un sourcil. Lui aussi il fait super bien le type blasé.
"Bon ben je sais pas moi, qu'est-ce que tu veux faire ? demandai-je. J'ai plusieurs heures devant moi, je ne monte à cheval qu'à 18 heures."

Ca y'est, je suis à nouveau dans la situation d'une responsable de colo : qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire faire aux petits n'enfants cet après-midi ? Un feu d'artifice de confettis, ou de la peinture au Nutella ?

"Ben j'aimerais bien voir ton... domaine. J'ai vu que l'hôtel pour l'instant, et puis faut dire que..." Qu'est-ce qu'il voulait dire ?
"Quoi ?! Il est nul mon hôtel ? ... T'aime pas les rideaux j'suis sûre ?! Vouai ! Je l'avais bien dit à Mathieu que cette couleur n'allait pas avec..."
"Anouk ! Quand tu veux on prend ta voiture et quand tu veux on va se promener." Il est super autoritaire, le bébé.

J'attrape les clés du 4x4, et on descend. Le salon est désert, à part Tom et Mat' qui s'endorment sur un canapé devant un DVD qui m'a l'air palpitant. Une fois montés dans la voiture, je demande :
"Tu veux aller où ?"
"Y'a pas une rivière, dans le coin ? Il fait chaud là !"

On roule pendant un petit quart d'heure sur les chemins que je connais par coeur, et arrivés dans un coin de la propriété où il y a une petite chute d'eau, on s'assoit au bord de l'eau...


# Posté le lundi 27 août 2007 07:35

Modifié le lundi 27 août 2007 10:32

Chapitre 4

Chapitre 4
"C'est super sympa ici !" Il regarde l'eau couler, tandis que je me bats avec mes fringues pour pas trop les salir sur les feuilles mouillées. Il s'en rend compte :

"Ben ouai, on est pas vraiment habillés pour une escapade champêtre !"

Hum, c'est le moins que l'on puisse dire. Ma robe courte remonte sur mes cuisses, se plisse sous mes fesses, c'est la galère totale ! Seules mes vieilles converses noires ne craignent plus rien, même si elles paraissent nickel. Evidemment, lui, comme pratiquement tous ses collègues mâles, se moque royalement de ce qui peut arriver à ses vêtements.

Peu importe. Avec lui, je suis complètement à l'aise. Pendant une petite heure, on parle de tout et de rien. On discute de son groupe, de mon équipe, de ses voyages, de mes compétitions... A vrai dire, il est complètement adorable. Il lance des cailloux dans l'eau, et commence à se confier :

"Tu sais des fois, avec les gars, on rencontre des filles. Elles sont super : drôles, attachantes, parfois belles... même très belles. Alors tu vois, on passe de bonnes soirées. Des nuits palpitantes, aussi." Il regarde dans le vague. J'attends la suite.

"Et puis on s'imagine des choses. Un peu trop peut-être... Au fond, des fois on est un peu comme des filles : on rêve, on croit qu'on gardera contact, qu'on restera au moins amis. On se l'avoue pas, mais on espère tous... même Tom. Et puis le lendemain, les journaux parlent déjà de nos folies nocturnes, et les mêmes nanas balancent des scoop plus ou moins vrais sur nos exploits relationnels. Alors on se sent seuls. Très seuls. Mais ça, on en parle pas, nous les gars."

"Pourquoi tu me raconte tout ça, Gustav ?"

Il tourne la tête vers moi : son regard est profond, franc, sans détour. J'ai l'impression qu'il lit mon âme.

"Parce qu'au fond, t'es comme nous. T'es propulsée dans un monde hypocrite, sans rien avoir demandé. Je sais ce que tu vas me dire, que c'est génial ce qui nous arrive. J'suis d'accord, mais les vraies relations, celles qui n'ont rien à voir avec la célébrité ou l'argent, ça te manque pas ?"

Il touche un point sensible. Il a tellement raison...

"Tu sais, je m'y suis fait, à force. Il faut savoir faire des sacrifices. Et puis l'amitié, c'est le principal non ?" Je ne suis pas persuadée par ce que je dis, et il le voit bien.

Mon portable sonne dans la voiture, quelques mètres plus loin. Je me précipite. C'est Mathieu :
"Hey, ça roule ? Dis-moi, on se sent un peu seuls entre mâles, là... Les filles sont parties faire du shopping. En plus on a perdu Gustav !"

Evidemment, faut qu'on rentre.

Dans le salon, Tom et Mathieu sont toujours vautrés sur le canapé, mais cette fois en compagnie de Georg et de Bill.

"Les coquins, ils nous avaient discrètement faussé compagnie !" L'humour décapant de Mat' fait rire tout le monde, sauf le blond gringalet adepte des batailles de confiture : il me jette un regard noir. C'est quoi son problème ?

Je pars un peu plus loin sur un fauteuil m'occuper de paperasserie concernant les recettes de l'hôtel. Au bout d'une heure, je chope un mal de tête affreux et je monte les rejoindre dans la chambre de Mathieu.

"Wow, Miss Monde est de retour !"
"Tiens, tu parles à nouveau, Tom ?" Le pauvre, je lui ai coupé le sifflet.

Ils regardent la télé, pour changer. Ils sont assis sur des fauteuils, ou allongés sur le lit. Dure dure, la vie de star... Gustav les rejoint :

"Et euh, sinon... tu compte rester debout sur le pas de la porte ?" Décidément, il parle beaucoup, d'un seul coup !
"Ca sent le fauve ici. C'est glauque." Je prend un air dégoûté. Mathieu est vexé.

Je pars dans ma chambre, je somnole sur le lit. Je me sens lourde, fatiguée, j'ai trop chaud.

Je rêve que quelqu'un s'approche de moi, me caresse l'épaule, le dos, la joue. Je sens quelque chose de froid sur mes lèvres, une sensation humide. C'est pas désagréable, mais je n'arrive pas à voir qui m'embrasse. Soudain, je sens un souffle chaud dans mon cou. Je me relève sur les coudes, d'un seul coup.

A quelques centimètres de moi, Gustav est allongé sur le côté, tourné vers moi. Je me lève complètement, redescends ma robe précipitamment. Il me regarde, toujours sur le lit. Je crois qu'il attend que je parle, mais je suis incapable de prononcer le moindre mot. Je suis surprise, vexée de m'être laissée faire à ce point, mais au fond, ça ne m'a pas déplu.

Ce garçon, allongé dans ma chambre, est tout simplement magnifique : le soleil, traversant les rideaux, donne des reflets blonds à ses cheveux, son visage est paisible, son corps détendu...

"Gustav, c'était peut-être pas le bon moment."
"Si on attend éternellement, on rate les meilleures occasions." dit-il en se levant.

Il s'approche de moi, passe sa main dans mes cheveux, et me prend dans ses bras. Il sent bon, il est doux. Il embrasse ma joue.

"Tu devais pas t'entraîner ?" Il a raison : je regarde l'heure, et c'est la panique.
"Merde, j'ai plus qu'une demi-heure pour me préparer et préparer mon cheval..."
Du coup, il s'éloigne pour sortir. En le suivant du regard, je m'aperçois que quelqu'un est debout sur le pas de la porte, appuyé contre le mur : Tom a visiblement assisté à toute la scène.

Gustav est aussi surpris que moi ; il rentre assez vite dans sa chambre, l'air gêné. L'autre ne lâche pas mon regard.
"Ca va vite, ici..."
"J'ai pas à me justifier. T'es vexé, mais tu sais y'a d'autres filles que moi !" Il commence à m'énerver, le bad boy de service.

"Et si c'est pas elles que je veux ?"
"Mon pauvre, t'es à plaindre. Dans la vie, on a pas toujours ce qu'on veut, ni qui on veut." Le problème, c'est qu'il a l'air sérieusement mal. Soit triste, soit énervé, je sais pas trop. Son visage est super crispé, et j'ai l'impression que d'un instant à l'autre il va me frapper.

"Tom... sors de ma chambre." J'essaye de prendre le ton le plus calme possible, comme pour m'excuser. Visiblement, ça lui suffit pas. J'en ai marre de ses silences. Je sais même pas ce qu'il me veut.

"Bon, si tu m'expliquais ?" Ah, le specimen réagit enfin. Il s'approche, l'air super décidé. Là, soit je me prend une giffle, soit...
"Sors pas avec Gustav."

Et sur ces douces paroles, il s'en va, l'animal !

# Posté le lundi 27 août 2007 16:31

Modifié le vendredi 31 août 2007 08:23

Chapitre 5

Chapitre 5
En un quart d'heure, je me change pour monter à cheval et je descends dans le salon. Je n'y vois pas les gars, et me rend directement aux écuries. Toute l'équipe m'attend.

"Ben, t'as l'air bizarre..." remarque Sam en sellant péniblement sa grande jument, Liaska.
"Tu vas pas me dire que mes blagues bidons te manquent ?" répondis-je avec un sourire.

Malheureusement, ça non plus ça fait rire personne. Ils me regardent tous, l'air inquiet. Je me tourne vers eux. De toute façon, on ne s'est jamais rien caché.

"Ben, Gustav m'a embrassé. Et ça n'a pas plu à Tom, qui a tout vu."
"Oh, Blondinet en pincerait-il pour Blondinette ?"
Alex s'énerve : "Mat', c'est pas vraiment drôle."
"Moi j'trouve ça super comique ! Ca va mettre l'ambiance !" Mathieu a l'air ravi. Pas moi, ni les filles, qui essayent de me rassurer :

"Tu sais, c'est leurs instincts primitifs qui reprennent le dessus. Ca va vite leur passer. Il faudrait que tu leur parles pour mettre tout au clair."
Elles me redonnent le sourire.

On conduit nos chevaux dans la grande carrière. Il fait encore un peu chaud, elle est déserte. Je regarde dans les tribunes, où sont installés de grand parasols. Personne, sauf... quatre types qui sirotent des coca. Mathieu avait suivi mon regard :
"Ben ouai, j'leur ai dit qu'ils pouvaient venir nous voir..."

Il manquait plus que ça. Evidemment, ma gêne atteint le niveau d'alerte : mes doigts se crispent sur les rênes, je n'arrive à rien avec Heponyme, que je dois pourtant préparer au mieux pour le concours de la semaine prochaine. Il a déjà beaucoup d'expèrience et de travail, malgré ça il ne comprend rien à ce que je lui demande. Pas étonnant, je ne sais plus rien lui demander correctement.

Au bout du premier quart d'heure, destiné à la détente, Mat' installe des obstacles au milieu. Il démarre à 1 mètre, comme toujours. Et puis très vite, ça monte. Il ne faut pas blaser les chevaux, alors on varie les hauteurs et les exercices.

Dieu soit loué, mon cheval fait son boulot. Je me reprends peu à peu. Heureusement, parce qu'on atteint vite fait les 1 mètre 30. Bill et sa bande de rockeurs rebelles font des paris sur le premier qui fera tomber une barre. Visiblement, ça les éclate.

Finalement, au bout d'une heure, on rentre nos chevaux. Alors que le reste de l'équipe s'éloigne en direction de la sellerie, je m'assois contre un box et commence à nettoyer mes cuirs. Gustav s'approche de moi. Je lui souris. Il a l'air tendu. En silence, il regarde mes mains frotter les sanglons et astiquer les boucles, mais je doute qu'il soit là pour apprendre quoi que ce soit en rapport avec le nettoyage du harnachement.

"Dis-moi Anouk..." Au cas où j'avais pas compris qu'il s'adresse à moi !
"... Tu l'as pas mal pris, que je... Enfin, tout à l'heure dans ta chambre..."
"Ce serait plutôt à Tom, qu'il faudrait demander ça !"
"Ouai... Il a pas apprécié. J'comprends pas pourquoi il tire la gueule à ce point." Si même Gustav ne cerne pas, je risque pas d'être plus avancée.

Je pose ma selle. Je me lève et prends sa main.

"Tu sais, j'veux pas être une source d'engueulade entre vous deux. Vous êtes ici tous les quatre pour passer des vacances ensemble. Le mieux, c'est qu'on essaye d'être amis pour que tout se passe au mieux, tu crois pas ?" C'est sincèrement ce que je pense.

"J'ai parlé à Tom. Et je crois que ni lui, ni moi n'a envie d'être ami avec toi." Rien à dire, il a de la répartie. Peut-être même un peu trop à mon goût.

Il passe sa main sur ma nuque, puis redescend le long de ma hanche. Je ne trouve rien à dire, pourtant je cherche ! Il s'approche doucement de mes lèvres, et là me vient une idée :
"Gustav, je pue le cheval." Bien-sûr, c'était sûrement pas la phrase adéquate. Mais ça marche !

Il me regarde, surpris. Nos visage ne sont qu'à quelques centimètres, et apparemment il n'est pas décidé à détacher ses mains de mon corps. Des éclats de voix nous parviennent : c'est toute l'équipe qui s'approche de nous, accompagnée du groupe.
"T'aurais pas vu Gus..." Bill se tait. Pas Mathieu.
"Ben si, il est là ! Tu vois bien, c'est lui contre A..."
"Merci Mathieu, on a vu oui !"

Là, c'est officiel : la situation déjà tendue entre Tom et Gustav tourne au froid sibérien.


Le repas du soir est animé, comme toujours. Visiblement, Mat' a réussi à convaincre Bill de le suivre en boîte. Les filles, elles aussi, sont super motivées. A la table, il n'y a que Tom, Gustav et moi qui ne prononcent pas un seul mot. De toute façon, que dire ? "Ecoute Tom, j'embrasse ton collègue parce qu'il fait du forcing avec ses lèvres, mais au fond sache que tu ne me laisse pas non plus indifférente." Ce serait ridicule. C'est pourtant la vérité.

Une heure plus tard, je suis sencée me préparer pour passer une soirée endiablée en boîte. Mais, assise sur mon lit, je ne pense qu'à eux : si je suis attirée par lui, pourquoi j'en laisse un autre m'embrasser ? Peut-être parce que je ne suis pas sûre que Tom pense la même chose de moi... Je me sens un peu comme dans Dallas, version allemande. Sauf que là, tout le scénario est dans ma tête, et c'est beaucoup moins drôle.

"Je t'en voudrais pas, si tu mets de la marque !" Mon dieu, dîtes-moi pas que Tom a débarqué dans ma chambre alors que je souriais niaisement en pensant à la pire des séries américaines ?! Anouk, reprend-toi !
"T'as subitement enterré la hache de guerre ?"
"C'est pas à toi que j'en veux..." Il vient s'assoir à côté de moi sur le lit, puis il continue : "Tu sais que je m'imaginais passer des vacances super glauques, loin de toute grande ville..."
"Hey enflure, dis que l'ambiance est morte surtout, je t'en voudrais pas ! Je te rapelle que c'est toi le spécialiste des blancs, pour l'instant !" Pour la peine, je lui rend le coup qu'il m'avait filé au bord de la piscine.

"J'voudrais que tu me vois autrement que comme ça. J'voudrais que tu me vois comme moi je te vois." Il a pas l'air de rire.
"Et comment tu me vois ?"
"Comme quelqu'un qu'il faut connaître à tout prix, et le mieux possible. Gustav te monopolise, j'aurais envie que ce soit moi qui passe du temps avec toi." Il me regarde fixement, c'est super gênant à vrai dire.
"Tu sais Tom, on est pas non plus mariés, ton pote et moi." Tentative vaine de détendre l'atmosphère. Je tente autre chose : "Rien ne nous empêche d'être amis !" Je souris. Pas lui.

Je ressens subitement quelque chose de très fort, comme une envie à laquelle il est difficile de renoncer. Je ne peux m'empêche de regarder ses lèvres parfaites, son visage si doux. Pour faciliter la chose, il ne dit toujours rien. Au contraire, il se lève comme pour sortir. Je le rattrape par le bras.

"Tom, c'est pas facile. J'ai pas l'air comme ça, mais j'suis plutôt quelqu'un de solitaire. Sans attache, tu vois. A part les amis, j'ai rien de stable, rien de fixe. Nous deux on est pareils, on vogue de nuit en nuit, de connaissance en connaissance. Qu'est-ce que tu veux qu'il nous arrive, à part du mal ? J'vois pas ce que tu t'imagine : moi et Gustav, c'est pas sérieux. On a des vies qui ne nous permettent pas de créer quelque chose de solide, et tu le sais bien. Peu importe si c'est avec toi ou avec lui que je passerai une nuit, au final vous partirez. Un matin, il n'y aura plus personne. Alors te prend pas la tête à essayer de me faire comprendre quelque chose qu'au fond de toi tu ne pense même pas, et qui ne changera rien à notre vie. On a pas le temps d'avoir des sentiments."

Ca m'arrache le coeur de dire ça. Pourquoi est-ce que je ne lui dis pas qu'à mes yeux il n'est pas comme les autres ? Des filles donneraient cher pour avoir l'occasion d'être avec lui. Et moi, je fuis. Je fuis tant qu'il est encore temps, pour ne pas souffrir.

"C'est toujours une course. On a jamais le temps de souffler. Moi je voulais respirer un peu, au milieu de tout ça. Avec toi, Anouk... T'es tellement crue, et à la fois tellement douce. Je sais que toi aussi t'en as besoin, au fond..."

"J'crois qu'en fait elle a surtout besoin de se changer peinarde." Gustav était sur le pas de la porte, l'air super fier d'avoir interrompu Tom.

C'est sûrement une manie, chez eux, d'épier les conversations des autres. Ou alors c'est moi qui ai la mauvaise habitude de jamais fermer la porte...

"Bon, débrouillez-vous, mais faîtes quelque chose qui décoince la situation !" En fait, j'aurais jamais dû dire ça...

# Posté le mardi 28 août 2007 14:01

Modifié le lundi 24 septembre 2007 00:54