Je serre le frein à main, arrête l'auto-radio et le moteur, remonte les vitres. Je fais tout lentement, comme si j'avais à réfléchir à l'ordre dans lequel je le faisais.
Puis je reste assise, 5 bonnes minutes. Jusqu'à ce que je réalise que peut-être dans l'hôtel ils auraient entendu la voiture arriver, et qu'ils se demanderaient sûrement ce que je foutais.
Alors je me décide. Je suis pas motivée, en fait j'ai un peu peur. Peur d'eux, ou plutôt de ce qu'ils vont penser de moi. Après tout, je croise tellement de monde chaque jour : dans ces soirées mondaines à 2 balles, dans les conférences de presse où tous parlent en même temps, lors des concours, pendant les ventes aux enchères... Tant de situations où j'aurais des raisons de stresser. Et puis en fait rien. Jamais d'angoisse, sauf aujourd'hui. Parce que dans le salon de mon hôtel, il y a 4 gars connus dans toute l'Europe... qui m'attendent.
Je pousse la grande porte vitrée ; j'ai qu'une peur c'est de croiser leur regard. Je ne sais même pas où ils sont, tout est si grand ici. Il y a des fauteuils partout, et ils pourraient être aussi bien assis au bar que dans le grand canapé du fond. Mais pas besoin de les chercher : ils sont là, au milieu, plantés comme s'ils allaient prendre racine.
Y'a Bill, Tom, Georg et Gustav. Je suis fière de moi, je connais quand même leurs prénoms même si je ne les adule pas comme des milliers d'autres filles. Y'a qu'un problème : je sais pas différencier Gustav et Georg.
A côté d'eux, y'a un gars qui sourit de soulagement en me voyant débarquer.
"Bonjour Anouk ! J'crois qu'on a roulé trop vite, on a dû vous attendre."
J'ai envie de lui dire "Nan nan c'est juste que j'avais une flemme internationale de vous parler."
Mais il continue, et en plus de ça il parle très vite malgré son accent :
"Je suis leur manager. [Il montre du doigt les 4 gars, qui ne disent rien.] J'espère qu'ils s'amuseront bien ici, je vous fais confiance. Je sais que vous êtes très occupée et que vous avez beaucoup de choses à gérer, mais ils sauront se débrouiller seuls."
A peine 2 minutes plus tard, je me retrouve seule avec les Tokio Hotel dans le salon. En si peu de temps, il avait réussi à me remercier, à leur dire au revoir, et à démarrer au volant de sa BM flambant neuve... ou alors très propre, je sais pas. C'était un peu comme quand les parents laissent leurs mômes au directeur de la colo : ils sont inquiets, mais pressés d'être tranquilles. Le soucis, c'est que j'ai aucune envie de jouer la responsable de colonie de vacances.
Maintenant qu'il est plus là, ils me regardent tous les 4 attentivement. A tel point que j'ai l'impression que mon slim est transparent. Il faut que je dise quelque chose.
"Z'avez fait un bon voyage ?"
C'est comme sur internet, quand je voyais des photos d'eux : y'en a un maquillé, l'autre habillé trop large, et les deux derniers ont l'air perdu, mais sympa.
"Je m'appelle Anouk, je suis la propriétaire de tout ce que vous voyez autour de vous."
C'était nul, je m'en rend compte tout de suite. Ca fait grosse bourge pêtée de thune et qui s'en vante. Mais au fond, c'est pourtant la vérité.
Machinalement, ils regardent autour d'eux : le bar où on peut commander toutes les sortes d'alcool possibles et imaginables, les meubles design, les baies vitrées à travers lesquelles on aperçoit la piscine, les palmiers...
Quand se décideraient-ils à parler ?
"Moi c'est Bill. Enfin bon, tu dois sûrement le savoir."
Il a l'air sympa aussi, lui. Il doit comprendre ma gêne. Du moins la sentir. Je me décide :
"Je vais vous montrer vos chambres !"
J'essaye de sourire le plus naturellement possible. Je me sens en trop. Je sais plus où poser mon sac, alors que je suis chez moi. Le comble, c'était que l'hôtel parraît vide. Où sont-ils tous passés ?
Ils ont tous les quatre de gros sacs de voyage. Immédiatement, une question me vient à l'esprit :
"Et vos instruments ? Vous ne les avez pas pris ?"
"Si si, ils sont déjà dans la grande salle, en bas."
Le gars aux fingues trop grands pointe du doigt le bas de l'escalier, que nous avions déjà monté à moitié. Tom, puisqu'il faut bien l'appeler par son nom, est aussi beau que sur internet et à la télé.
J'ouvre la porte des 4 chambres, voisines.
"J'espère que ça vous plaît." dis-je avec un sourire.
Evidemment, ils s'en foutent. C'est comme tous les hôtels dans lesquels ils ont déjà dormi : splendide, confortable, et vaste. Ils posent leurs affaires dans leurs chambres respectives. J'ai qu'une envie, c'est fuir. Il est environ 17h, quelle excuse vais-je bien pouvoir sortir ? Une porte s'ouvre derrière moi : Mathieu, mon sauveur.
"Dis-donc, ce serait pas les Tokio Hotel ça ?!" lance-t-il en leur serrant la main, comme s'il les connaissait déjà.
"Nan nan, tu vois bien que c'est tante Gertrude et Oncle René." pensai-je.
Je les regarde, les yeux dans le vague : Mathieu discute avec eux, leur lance des vannes.
Les 4 autres sont morts de rire. Je décide de m'esquiver :
"Mathieu, j'ai des choses à faire aux écuries."
Ils se retournent à peine. Sauf peut-être Tom, qui me regarde toujours bizarrement. Comme si ma tête lui revenait pas.
Je passe dans ma chambre, qui est juste en face de celles du groupe, et juste à côté de celle de Mathieu. Partout où on va, on choisit toujours des chambres voisines. Alors dans mon hôtel, y'avait pas de raison que ça change. Mat' a toujours été là, du moins depuis le début d'Eden Corporation. C'est lui qui un jour est passé dans l'écurie où je montais il y a un an, et qui a dit à un vieil homme en me regardant "Elle... C'est elle qu'il nous faut". En 2 temps et 3 mouvements, j'avais été embarquée dans une grosse voiture noire. Il leur fallait quelques jeunes, pour renouveler une équipe de jeunes cavaliers. On était 5 à être dans mon cas, à avoir été choisis par Mat', qui faisait déjà partie de l'équipe, et par son père, directeur d'Eden Coporation. (Comprenez sous ce nom, l'ensemble formé par nous, les cavaliers, et tout ce qui peut tourner autour : écuries, chevaux, camions, matériel... et cette propriété.)
Tout s'est très vite enchaîné : les chevaux toujours plus beaux et toujours plus grands, les compétitions toujours plus lointaines, les obstacles toujours plus hauts. Et surtout, l'équipe toujours plus soudée. Depuis un an, c'est comme des vacances tous les jours. La bonne humeur a toujours pris le dessus, surtout depuis qu'on raffle tous les prix et qu'on est... riches. Tout en continuant les concours, on a pu réaliser nos autres rêves : pour ma part j'ai construit cet hôtel avec l'aide du père de Mat', pour accueillir amis et famille. Je l'ai créé luxueux, et il attire déjà quelques stars. Pour l'équipe, pour moi et pour toutes les personnes indispensables au fonctionnement d'Eden Corporation, c'est en fait notre maison.
C'est du boulot, de devoir gérer équitation et hôtellerie. Mais j'avais embauché toute une troupe d'aides en tout genre. Tous sympas, tous heureux d'être là.
Je repense à tout ça, me disant qu'au fond je suis pas si différente de Bill et des 3 autres. J'étais partie de rien, et soudain le succès frappait à ma porte : signature d'autographes face à des hordes de cavaliers en herbe qui crient mon nom, tournois aux Etats-Unis ou au Japon sous l'oeil de centaines de caméras, interview à n'en plus finir avec des magasines de sport...
Je me change, et passe mes fringues d'équitation. Il faut que je monte à cheval pour me détendre un peu. Ensuite viendrait le suplice du repas. Parce que bien-sûr, en tant que directrice de l'hôtel, je me dois de chouchouter le groupe, comme me l'a bien fait comprendre leur manager. Le problème, c'est que je vois ça comme une corvée. Malgré les beaux yeux de Tom.
Changée, je redescends dans le salon. Tous les 5, ils sont là, à jouer au billard. Je veux me faire le plus discrète possible, pour ne pas qu'ils me remarquent. Malgré ça, Tom me regarde genre "C'est quoi cette tenue ?".
Pourtant, je monte avec les vêtements qu'une championne d'équitation se doit de porter : chemisier, pantalon blanc, bottes lustrées. Evidemment, c'était pas la préoccupation principale du guitariste. Je tente de détendre l'atmosphère :
"Ben quoi ?! Vous n'avez jamais vu de cavalière ?" lançai-je en riant.
Ils me répondent par un sourire, et avant de pousser la porte pour sortir, je me retourne une dernière fois. Tom reluque mes fesses. Et en plus, il n'a même pas l'air gêné que je le surprenne.
"Tous les commentaires des fans que j'ai lu sur internet étaient donc vrais : c'est un sacré obsédé, ce gars-là !" pensai-je en remontant dans mon 4x4 que j'avais si péniblement quitté un quart d'heure avant.
Je fonce aux écuries, situées à 2 minutes de l'hôtel, toujours sur la vaste propriété privée d'Eden Corporation.
"Ils étaient donc là !" me dis-je en apercevant toute l'équipe, assise contre les portes des box.
Comme d'habitude, Jeff m'accueillit avec un sourire : il est grand, blond, le teint basané comme nous tous à force d'être au soleil sur les terrains de concours. Il a 20 ans, l'esprit de groupe et toujours ce besoin de venir en aide aux autres. C'est le seul garçon, avec Mathieu.
Il y a aussi Alex', toujours la pêche du haut de ses 19 ans, comme moi. Elle est ce qu'on pourrait appeler ma meilleure amie.
Plus loin, Sam' et Julie, jolies brunes de 18 ans, sont vautrées dans la paille.
Ils n'ont qu'une question à la bouche : "Ils sont arrivés ?"
Personne dans l'équipe n'est fan de Tokio Hotel. On écoute de temps à autre leur musique, c'est tout.
On a vu pas mal de personnalités débarquer dans l'hôtel en un an, mais c'est pratiquement toutes des anciennes stars des compétitions, qui viennent ici se ressourcer et se remémorer leur gloire passée sur les podiums. Des gens intéressants, toujours enclins à filer des tuyaux à nous, qui commençons dans le domaine où ils avaient excellé. Des stars, à nos yeux.
Mais pas des idoles de la musique, ni des jeunes. Il faut l'avouer, nous sommes tous surexcités à l'idée qu'ils dorment tous les 4 dans l'hôtel... avec nous. Quand le manager nous a appelés, pour nous dire qu'ils avaient choisi notre hôtel pour son charme et son luxe "typiquement français", on avait vaguement établi un programme pour Bill et ses collègues : sorties en boîte, soirées DVD, billard, ... On avait finalement conclu que ce serait à eux de choisir.
"Oui, ils sont avec Mathieu. Ils jouent au billard." répondis-je.
"T'as pas l'air motivée de les voir ici" remarque Alex.
"Si si... On va mettre ça sur le coup de l'intimidation !"
Ils rient. Comme toujours. Et je me rends compte que mon attitude face aux Tokio Hotel est débile.
Pendant une heure, chacun de notre côté, on travaille un cheval. Une heure seulement, parce que c'est toujours de la concentration intense, beaucoup de boulot et de réflexion. Les chevaux appartenant à Eden Corporation valent tous très cher, et il faut les préparer au mieux pour les concours, et tout en finesse. Même si là, en l'occurrence, il n'y a pas de gros enjeu en vue : seule une petite compétition au sein même des écuries, la semaine prochaine, réunissant tous les cavaliers des haras aux alentours. On est tous habitués à ce genre de concours, on ne les fait pas pour se mesurer mais pour observer les progrès de chacun.
En début de soirée, nous sommes tous sur le chemin du retour pour le dîner. Le salon est presque rempli : en cet saison estivale, il y a pas mal de monde, mais surtout des proches ou des cavaliers. Les gens attendent leurs plats, et j'imagine qu'en cuisine, tout le monde doit travailler dur. Je ne cherche pas du regard les Tokio Hotel, je suis sûre qu'ils sont à notre grande table, en compagnie de Mathieu. Je fonce dans ma chambre, me deshabille et prend une douche.
En sortant de la salle de bain, je me trouve nez à nez avec Tom.
Puis je reste assise, 5 bonnes minutes. Jusqu'à ce que je réalise que peut-être dans l'hôtel ils auraient entendu la voiture arriver, et qu'ils se demanderaient sûrement ce que je foutais.
Alors je me décide. Je suis pas motivée, en fait j'ai un peu peur. Peur d'eux, ou plutôt de ce qu'ils vont penser de moi. Après tout, je croise tellement de monde chaque jour : dans ces soirées mondaines à 2 balles, dans les conférences de presse où tous parlent en même temps, lors des concours, pendant les ventes aux enchères... Tant de situations où j'aurais des raisons de stresser. Et puis en fait rien. Jamais d'angoisse, sauf aujourd'hui. Parce que dans le salon de mon hôtel, il y a 4 gars connus dans toute l'Europe... qui m'attendent.
Je pousse la grande porte vitrée ; j'ai qu'une peur c'est de croiser leur regard. Je ne sais même pas où ils sont, tout est si grand ici. Il y a des fauteuils partout, et ils pourraient être aussi bien assis au bar que dans le grand canapé du fond. Mais pas besoin de les chercher : ils sont là, au milieu, plantés comme s'ils allaient prendre racine.
Y'a Bill, Tom, Georg et Gustav. Je suis fière de moi, je connais quand même leurs prénoms même si je ne les adule pas comme des milliers d'autres filles. Y'a qu'un problème : je sais pas différencier Gustav et Georg.
A côté d'eux, y'a un gars qui sourit de soulagement en me voyant débarquer.
"Bonjour Anouk ! J'crois qu'on a roulé trop vite, on a dû vous attendre."
J'ai envie de lui dire "Nan nan c'est juste que j'avais une flemme internationale de vous parler."
Mais il continue, et en plus de ça il parle très vite malgré son accent :
"Je suis leur manager. [Il montre du doigt les 4 gars, qui ne disent rien.] J'espère qu'ils s'amuseront bien ici, je vous fais confiance. Je sais que vous êtes très occupée et que vous avez beaucoup de choses à gérer, mais ils sauront se débrouiller seuls."
A peine 2 minutes plus tard, je me retrouve seule avec les Tokio Hotel dans le salon. En si peu de temps, il avait réussi à me remercier, à leur dire au revoir, et à démarrer au volant de sa BM flambant neuve... ou alors très propre, je sais pas. C'était un peu comme quand les parents laissent leurs mômes au directeur de la colo : ils sont inquiets, mais pressés d'être tranquilles. Le soucis, c'est que j'ai aucune envie de jouer la responsable de colonie de vacances.
Maintenant qu'il est plus là, ils me regardent tous les 4 attentivement. A tel point que j'ai l'impression que mon slim est transparent. Il faut que je dise quelque chose.
"Z'avez fait un bon voyage ?"
C'est comme sur internet, quand je voyais des photos d'eux : y'en a un maquillé, l'autre habillé trop large, et les deux derniers ont l'air perdu, mais sympa.
"Je m'appelle Anouk, je suis la propriétaire de tout ce que vous voyez autour de vous."
C'était nul, je m'en rend compte tout de suite. Ca fait grosse bourge pêtée de thune et qui s'en vante. Mais au fond, c'est pourtant la vérité.
Machinalement, ils regardent autour d'eux : le bar où on peut commander toutes les sortes d'alcool possibles et imaginables, les meubles design, les baies vitrées à travers lesquelles on aperçoit la piscine, les palmiers...
Quand se décideraient-ils à parler ?
"Moi c'est Bill. Enfin bon, tu dois sûrement le savoir."
Il a l'air sympa aussi, lui. Il doit comprendre ma gêne. Du moins la sentir. Je me décide :
"Je vais vous montrer vos chambres !"
J'essaye de sourire le plus naturellement possible. Je me sens en trop. Je sais plus où poser mon sac, alors que je suis chez moi. Le comble, c'était que l'hôtel parraît vide. Où sont-ils tous passés ?
Ils ont tous les quatre de gros sacs de voyage. Immédiatement, une question me vient à l'esprit :
"Et vos instruments ? Vous ne les avez pas pris ?"
"Si si, ils sont déjà dans la grande salle, en bas."
Le gars aux fingues trop grands pointe du doigt le bas de l'escalier, que nous avions déjà monté à moitié. Tom, puisqu'il faut bien l'appeler par son nom, est aussi beau que sur internet et à la télé.
J'ouvre la porte des 4 chambres, voisines.
"J'espère que ça vous plaît." dis-je avec un sourire.
Evidemment, ils s'en foutent. C'est comme tous les hôtels dans lesquels ils ont déjà dormi : splendide, confortable, et vaste. Ils posent leurs affaires dans leurs chambres respectives. J'ai qu'une envie, c'est fuir. Il est environ 17h, quelle excuse vais-je bien pouvoir sortir ? Une porte s'ouvre derrière moi : Mathieu, mon sauveur.
"Dis-donc, ce serait pas les Tokio Hotel ça ?!" lance-t-il en leur serrant la main, comme s'il les connaissait déjà.
"Nan nan, tu vois bien que c'est tante Gertrude et Oncle René." pensai-je.
Je les regarde, les yeux dans le vague : Mathieu discute avec eux, leur lance des vannes.
Les 4 autres sont morts de rire. Je décide de m'esquiver :
"Mathieu, j'ai des choses à faire aux écuries."
Ils se retournent à peine. Sauf peut-être Tom, qui me regarde toujours bizarrement. Comme si ma tête lui revenait pas.
Je passe dans ma chambre, qui est juste en face de celles du groupe, et juste à côté de celle de Mathieu. Partout où on va, on choisit toujours des chambres voisines. Alors dans mon hôtel, y'avait pas de raison que ça change. Mat' a toujours été là, du moins depuis le début d'Eden Corporation. C'est lui qui un jour est passé dans l'écurie où je montais il y a un an, et qui a dit à un vieil homme en me regardant "Elle... C'est elle qu'il nous faut". En 2 temps et 3 mouvements, j'avais été embarquée dans une grosse voiture noire. Il leur fallait quelques jeunes, pour renouveler une équipe de jeunes cavaliers. On était 5 à être dans mon cas, à avoir été choisis par Mat', qui faisait déjà partie de l'équipe, et par son père, directeur d'Eden Coporation. (Comprenez sous ce nom, l'ensemble formé par nous, les cavaliers, et tout ce qui peut tourner autour : écuries, chevaux, camions, matériel... et cette propriété.)
Tout s'est très vite enchaîné : les chevaux toujours plus beaux et toujours plus grands, les compétitions toujours plus lointaines, les obstacles toujours plus hauts. Et surtout, l'équipe toujours plus soudée. Depuis un an, c'est comme des vacances tous les jours. La bonne humeur a toujours pris le dessus, surtout depuis qu'on raffle tous les prix et qu'on est... riches. Tout en continuant les concours, on a pu réaliser nos autres rêves : pour ma part j'ai construit cet hôtel avec l'aide du père de Mat', pour accueillir amis et famille. Je l'ai créé luxueux, et il attire déjà quelques stars. Pour l'équipe, pour moi et pour toutes les personnes indispensables au fonctionnement d'Eden Corporation, c'est en fait notre maison.
C'est du boulot, de devoir gérer équitation et hôtellerie. Mais j'avais embauché toute une troupe d'aides en tout genre. Tous sympas, tous heureux d'être là.
Je repense à tout ça, me disant qu'au fond je suis pas si différente de Bill et des 3 autres. J'étais partie de rien, et soudain le succès frappait à ma porte : signature d'autographes face à des hordes de cavaliers en herbe qui crient mon nom, tournois aux Etats-Unis ou au Japon sous l'oeil de centaines de caméras, interview à n'en plus finir avec des magasines de sport...
Je me change, et passe mes fringues d'équitation. Il faut que je monte à cheval pour me détendre un peu. Ensuite viendrait le suplice du repas. Parce que bien-sûr, en tant que directrice de l'hôtel, je me dois de chouchouter le groupe, comme me l'a bien fait comprendre leur manager. Le problème, c'est que je vois ça comme une corvée. Malgré les beaux yeux de Tom.
Changée, je redescends dans le salon. Tous les 5, ils sont là, à jouer au billard. Je veux me faire le plus discrète possible, pour ne pas qu'ils me remarquent. Malgré ça, Tom me regarde genre "C'est quoi cette tenue ?".
Pourtant, je monte avec les vêtements qu'une championne d'équitation se doit de porter : chemisier, pantalon blanc, bottes lustrées. Evidemment, c'était pas la préoccupation principale du guitariste. Je tente de détendre l'atmosphère :
"Ben quoi ?! Vous n'avez jamais vu de cavalière ?" lançai-je en riant.
Ils me répondent par un sourire, et avant de pousser la porte pour sortir, je me retourne une dernière fois. Tom reluque mes fesses. Et en plus, il n'a même pas l'air gêné que je le surprenne.
"Tous les commentaires des fans que j'ai lu sur internet étaient donc vrais : c'est un sacré obsédé, ce gars-là !" pensai-je en remontant dans mon 4x4 que j'avais si péniblement quitté un quart d'heure avant.
Je fonce aux écuries, situées à 2 minutes de l'hôtel, toujours sur la vaste propriété privée d'Eden Corporation.
"Ils étaient donc là !" me dis-je en apercevant toute l'équipe, assise contre les portes des box.
Comme d'habitude, Jeff m'accueillit avec un sourire : il est grand, blond, le teint basané comme nous tous à force d'être au soleil sur les terrains de concours. Il a 20 ans, l'esprit de groupe et toujours ce besoin de venir en aide aux autres. C'est le seul garçon, avec Mathieu.
Il y a aussi Alex', toujours la pêche du haut de ses 19 ans, comme moi. Elle est ce qu'on pourrait appeler ma meilleure amie.
Plus loin, Sam' et Julie, jolies brunes de 18 ans, sont vautrées dans la paille.
Ils n'ont qu'une question à la bouche : "Ils sont arrivés ?"
Personne dans l'équipe n'est fan de Tokio Hotel. On écoute de temps à autre leur musique, c'est tout.
On a vu pas mal de personnalités débarquer dans l'hôtel en un an, mais c'est pratiquement toutes des anciennes stars des compétitions, qui viennent ici se ressourcer et se remémorer leur gloire passée sur les podiums. Des gens intéressants, toujours enclins à filer des tuyaux à nous, qui commençons dans le domaine où ils avaient excellé. Des stars, à nos yeux.
Mais pas des idoles de la musique, ni des jeunes. Il faut l'avouer, nous sommes tous surexcités à l'idée qu'ils dorment tous les 4 dans l'hôtel... avec nous. Quand le manager nous a appelés, pour nous dire qu'ils avaient choisi notre hôtel pour son charme et son luxe "typiquement français", on avait vaguement établi un programme pour Bill et ses collègues : sorties en boîte, soirées DVD, billard, ... On avait finalement conclu que ce serait à eux de choisir.
"Oui, ils sont avec Mathieu. Ils jouent au billard." répondis-je.
"T'as pas l'air motivée de les voir ici" remarque Alex.
"Si si... On va mettre ça sur le coup de l'intimidation !"
Ils rient. Comme toujours. Et je me rends compte que mon attitude face aux Tokio Hotel est débile.
Pendant une heure, chacun de notre côté, on travaille un cheval. Une heure seulement, parce que c'est toujours de la concentration intense, beaucoup de boulot et de réflexion. Les chevaux appartenant à Eden Corporation valent tous très cher, et il faut les préparer au mieux pour les concours, et tout en finesse. Même si là, en l'occurrence, il n'y a pas de gros enjeu en vue : seule une petite compétition au sein même des écuries, la semaine prochaine, réunissant tous les cavaliers des haras aux alentours. On est tous habitués à ce genre de concours, on ne les fait pas pour se mesurer mais pour observer les progrès de chacun.
En début de soirée, nous sommes tous sur le chemin du retour pour le dîner. Le salon est presque rempli : en cet saison estivale, il y a pas mal de monde, mais surtout des proches ou des cavaliers. Les gens attendent leurs plats, et j'imagine qu'en cuisine, tout le monde doit travailler dur. Je ne cherche pas du regard les Tokio Hotel, je suis sûre qu'ils sont à notre grande table, en compagnie de Mathieu. Je fonce dans ma chambre, me deshabille et prend une douche.
En sortant de la salle de bain, je me trouve nez à nez avec Tom.